Procès des attentats du 13 novembre 2015 - Le Live Tweet - Semaine QUATORZE

Un article de la Grande Bibliothèque du Droit, le droit partagé.


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Retrouvez sur cette page tous les tweets du procès issus des Live tweets de @ChPiret Charlotte Piret et @sophparm Sophie Parmentier ; elles suivent ce procès pour France Inter et nous ont donné l'autorisation de compiler leurs tweets dans un objectif de consultation et archivage.

(© Photo "Salle d'audience" Sophie Parmentier |Twitter)


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Semaine Quatorze

Jour 55 – Mardi 7 décembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Semaine 14, jour 55 au procès des attentats du 13 Novembre. Un enquêteur belge revient à la barre. Dans le box, il manque encore des accusés. Les bancs des parties civiles sont assez vides. L'audience n'a pas encore repris.

La cour arrive. Le président : "Alors nous avons aujourd'hui quatre refus de comparaître, de la part des messieurs Abdeslam, Abrini, Ayari et Krayem. Bien, donc l'audience est à nouveau suspendue". La cour envoie l'huissier faire les sommations à comparaître.

L'audience reprend. Sans les accusés Abdeslam, Abrini, Ayari, Krayem. Représentés par leurs avocats.

Le président : "Vous savez qu'on assiste à une recrudescence du virus". Jean-Louis Périès demande de faire preuve de responsabilité et de respecter les gestes barrières.

Le président fait un point planning : Omar et Yassine Abaaoud, père et frère du coordonnateur des attentats du 13 novembre ne témoigneront finalement pas le 9 décembre. L'un injoignable, l'autre refuse.

Le 10 décembre, Azzedine Amimour, père de Samy Amimour, un des terroristes du Bataclan viendra bien à la barre. La plus jeune sœur, Maya, sera aussi présente.

Le 15 décembre, la cour entendra la mère d'un autre kamikaze du Bataclan : la mère de Foued Mohamed-Aggad.

Le 15 décembre, il y aura aussi les témoignages en visio d'une sœur et d'une nièce des frères Clain, toutes les deux incarcérées à leur retour de Syrie.

Enfin le 17 décembre, la cour entendra Patrick Calvar, ex-patron de la DGSI dont le témoignage avait été reporté par la cour, un soir.

La cour établit la liaison en visio avec l'enquêteur belge numéro 440-232-779. L'enquêteur est venu parler de Mohamed Bakkali, accusé du procès .

"Depuis 23 ans, il vivait du chômage et de travail au noir, il vendait vêtements de contrefaçon et des parfums".

L'enquêteur lit d'une voix monocorde et très lente, en détachant chaque syllabe, la vie de Mohamed Bakkali, et ses liens les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui vantaient leur cousin Oussama Atar -commanditaire des attentats du 13 novembre

L'enquêteur détaille des achats de téléphone par Bakkali, "des GSM", sans mettre en évidence le rapport avec le

L'enquêteur dit que Bakkali, suspecté d'être dans une filière d'acheminement ou d'hommes vers la Syrie.

L'enquêteur explique que Bakkali se rendait dans une mosquée de Liège fermée suite à la condamnation de quatre de ses fidèles pour terrorisme.

L'enquêteur parle d'ouvrages salafistes trouvés dans les affaires de Mohamed Bakkali, et des textes qui appellent "purement et simplement au djihad".

Et dans un autre disque dur d'ordinateur, des images liées au djihad et à Oussama Ben Laden.

L'enquêteur note que "ces documents, fichiers, sites internet et vidéo pratiquent l'apologie du djihad armé"

L'enquêteur évoque aussi un disque dur Toshiba découvert au cours d'une perquisition, avec des documents djihadistes, articles de presse, "Abdeslam Salah", et recherche le 18 novembre 2015 avec le terme "revendication Daech"

Enquêteur : "Le 27 novembre, nous effectuons une autre perquisition, adresse point de chute Mohamed Bakkali" qui a été arrêté la veille, le 26 novembre 2015.

Dans cette perquisition chez la compagne de Mohamed Bakkali, intérêt de la compagne prénommée Chaimaa pour le djihad armé et la hijra (émigration en terre musulmane). "Photos d'un pistolet et d'une kalachnikov" dit l'enquêteur.

L'enquêteur qui a vraiment un débit très étonnant. Il détache chaque syllabe comme s'il faisait une dictée : "chargeurs et munitions, ainsi que des chants en arabe"... Le ton ne colle vraiment pas avec l'oralité des débats devant une cour d'assises.

Le président l'interrompt un instant : "vous ajoutez des choses par rapport au powerpoint ?" que l'enquêteur présente sur un écran. "Tout est dans le dossier, effectivement", note le président de la cour Jean-Louis Périès.

Et on passe aux questions. La cour n'en a pas. Un avocat général du PNAT se lève. L'enquêteur belge répond aux questions, rappelle que Bakkali, qui faisait de la contrefaçon, vendait notamment des friteuses.

Le PNAT note la téléphonie de l'accusé Bakkali qui le relie aux accusés Yassine Atar et Ali El Haddad Asufi être septembre et novembre 2015.

Enquêteur belge : "les contacts entre ces individus sont très nombreux et on a observé qu'à une période (quand un frère El Bakraoui part à Venise) pas de contact" Le PNAT note le côté suspect : fin des appels momentanément = rencontre ?

Une rencontre qui aurait eu lieu au retour d'un frère El Bakraoui de Grèce, fin juillet 2015.

L'avocat général demande à l'enquêteur s'il se souvient ce que l'ex-compagne de Bakkali disait de son mari ? Enquêteur : "elle disait qu'il était fort religieux" Avocat général : "intégriste même ?"

Avocat général du PNAT : "Je ne sais pas si vous vous souvenez, il y avait dans le fichier Mohamed, un sous-dossier "à imprimer" Enquêteur belge : "ça me dit vaguement quelque chose, oui"

L'avocat général Nicolas Braconnay enchaîne les questions pointues, dénotant une parfaite connaissance du dossier 13 novembre Et face à la batterie de questions précises, les réponses de l'enquêteur belges sont globalement assez floues.

Au milieu du flou, plusieurs réponses précises néanmoins.

Me Chemla interroge l'enquêteur sur l'enquête ouverte en 2013 par les Belges : la police cherche alors à établir des liens entre Bakkali et des personnes en Syrie, ou qui organisent des départs vers Raqqa.

Me Topaloff, autre avocate de parties civiles, a une question sur une planque de Bakkali rue des 4 vents, louée en mars 2015 sous une fausse identité au nom de Castillo. Enquêteur : "on s'interroge pour savoir si a pu être occupé par autre chose que la confection de vêtements ?"

Me Seban, autre avocat de parties civiles : "est-ce qu'on a retrouvé la trace de machines à coudre dans les différents appartements de M. Bakkali ?" Pour les vêtements de contrefaçon. Enquêteur belge : "Non. Des machines à coudre, mais pas liées à Bakkali".

Me Orly Rezlan l'avocate de Mohamed Bakkali pose à son tour des questions : "A votre connaissance, est-ce que M. Bakkali a cherché à se rendre en Syrie ?" Enquêteur : "A ma connaissance en Turquie" Me Rezlan : "Nous sommes d'accord"

Me Orly Rezlan rappelle qu'il allait en Turquie avant. Avant 2014. Pour ses affaires "professionnelles", dit-elle.

Me Orly Rezlan évoque des tchats, de 2009 à 2011 et dit que les tchats "révèlent ce que quelqu'un a dans la tête" et pas de conversations djihadistes retrouvées.

L'avocate interroge sur l'appartement loué au nom de Castillo. Comment l'enquêteur l'a-t-il appris ? Enquêteur : "je me souviens que c'était en prison lors d'un interrogatoire" Bakkali leur révèle l'existence de cet appartement que les enquêteurs n'avaient pas encore découvert

Me Rezlan cherche à mettre en difficulté l'enquêteur. "Est-ce qu'un officier de la police judiciaire fédérale peut aller voir un détenu en prison en présence d'un membre de la sûreté de l'Etat ?" Il affirme que ça lui est jamais arrivé. Elle semble vouloir prouver l'inverse.

Mais Me Rezlan manque de preuves, il faudrait des pièces, "mais il fallait les demander pendant l'instruction, maître, voilà, c'est tout" souligne le président Périès. Et elle passe à d'autres questions.

Me Rezlan revient sur les échanges téléphoniques entre Khalid El Bakraoui et Mohamed Bakkali, 650 sur une période de trois mois. Et si les échanges portaient sur de l'électroménager ? demande l'avocate de l'accusé Bakkali.

Me Rezlan, autour de la radicalisation de Bakkali : "y a-t-il une personne qui le connaissait bien et ait pu vous dire qu'il tenait des propos par rapport au djihad armé, ect ?" Et l'enquêteur cite un nom : Youssef S. Avocate : "c'est une personne qui ne connaissait pas Bakkali"

Me Rezlan : "et ceux qui le connaissaient bien ?" Enquêteur : "ses frères nous ont dit que M. Bakkaki était tout à fait gentil"

Me Rezlan dit que le fameux Youssef "s'est rétracté, a expliqué que les enquêteurs l'avaient rudoyé, mais ça bien sûr c'est une vue de l'esprit !"

Dans toutes ses réponses, l'enquêteur parle en tout cas désormais avec un ton redevenu normal, sans détacher chaque syllabe pour chaque mot.

Me Abraham Johnson, autre avocat de Bakkali : comment distinguer la consultation d'actualité à la consultation par intérêt ? Puisque l'ordinateur est familial... Comment être sûr que les recherches sur islam radical imputables à Bakkali ?

Suspension.

L'audience reprend après la pause. Le même enquêteur belge réapparaît à l'écran : "donc, Abdeslam Salah a vécu toute sa vie à Bruxelles, et plus particulièrement à Molenbeek. Au moment des faits, il résidait au domicile familial"

Salah Abdeslam qui n'est donc pas présent dans le box pour écouter l'enquêteur. Son refus de comparaître depuis plusieurs jours est précisément pour protester contre la non-venue des enquêteurs belges, et leurs témoignages en visio uniquement.

L'enquêteur parle des alias de Salah Abdeslam. Sa kounya : "Abou Abderrahman" Son surnom : "Poulet" et aussi "Pouchos pouchos" (associé à un compte Facebook) Sur ce FB, il a échangé avec Dahmani et Abaaoud.

Enquêteur : "par rapport au relationnel de Salah Abdeslam, évidemment Brahim Abdeslam !", son grand frère. Liens personnels "et professionnels". Ils ont co-géré le café Les Béguines, à Molenbeek. Salah Abdeslam l'a repris après la démission de Brahim Abdeslam.

L'enquêteur note la relation avec Mohamed Abrini -son meilleur ami. Déplacement en France le 11 novembre 2015 rappelle le policier.

Et l'enquêteur évoque les liens avec Abdelhamid Abaaoud, "un chouette gars, un gars du quartier avec qui j'avais peu d'affinité". Salah Abdeslam aurait été présent dans la cave des Béguines quand Abaaoud appelait de Syrie et pour regarder des vidéos.

Autre lien énoncé par l'enquêteur : l'accusé Dahmani (qui est actuellement incarcéré en Turquie"

Hamza Attou a travaillé dans le même café que Salah Abdeslam. Le voyait aux Béguines. Mohammed Amri dit qu'il connaissait Salah Abdeslam depuis juin 2015 via Brahim le grand frère.

Enquêteur : "27 janvier 2015, Abdeslam Salah dépose son frère Salah à l'aéroport de Zaventem pour son voyage en Turquie". L'enquêteur s'est remis à lire en détachant à nouveau chaque syllabe. Et il relit à deux fois cette même phrase visiblement sans s'en apercevoir.

Et l'enquêteur belge continue à lire comme s'il découvrait son texte en butant beaucoup sur les mots.

L'enquêteur évoque la petite amie de Salah Abdeslam, Yasmina rencontrée à 16 ans. "On parlait souvent de la Syrie ensemble, il voulait y aller en décembre 2014, n’avait pas du tout le profil, fumait des pétards de temps en temps, écoutait de la musique et sortait".

L'enquêteur évoque une Mégane louée fin juillet 2015, pour aller en Grèce. Il a une crevaison sur l'A3 en France. Selon le loueur deux autres personnes à bord.

Ils prennent la route de Bari, en Italie. Y sont le 5 août 2015. Le 6 août, 5h du matin, véhicule flashé en France sur autoroute A4. Puis vers 13h, retrait dans une agence bancaire de Molenbeek.

L'accusé Dahmani interrogé ultérieurement sur ce voyage assurent qu'ils n'étaient que deux dans ce voyage. Ils auraient fat du tourisme et visité des îles grecques à en croire Dahmani.

Un avocat général a des questions sur les recherches internet dans un ordinateur retrouvé en perquisition. L'enquêteur belge : "Euh..."

L'avocat général demande quand Salah Abdeslam a pu prêter allégeance à EI Enquêteur : "Je n'ai pas cette donnée-là dans le dossier"

L'avocat général : "à quel moment Salah Abdeslam veut partir pour la Syrie ?" Décembre 2014 répond l'enquêteur. Avocat général : "oui c'est ça et est-ce que vous faites un lien avec désir de partir de Abrini en novembre 2014 ?"

Avocat général : "est-ce que Salah Abdeslam a voulu aller d'autres fois à Bari que fin juillet 2015 ?" Enquêteur : "Euh, une seule fois..." Avocat général rappelle qu'un témoin parle d'un possible voyage envisagé en octobre 2015.

Me Maktouf, avocate de parties civiles a une question car sur une précédente réponse, elle dit : "je suis restée sur ma soif"... et la question concerne le café Les Béguines des frères Abdeslam.

Me Chemla, avocat de parties civiles revient sur l'audition de Salah Abdeslam qu'on pense sur le départ vers la Syrie. Il pensait partir fin janvier. N'est interrogé que fin février. "Est-ce qu'on fait d'autres investigations que lui poser la question ?"

Enquêteur : "A l'époque, le fait de vouloir se rendre en Syrie pas une infraction".

Me Chemla : "D'accord, ça devient une infraction si on organise une filière. Mais on ne peut pas prouver les actes si les cherche pas. Vous ne lui avez pas pris son téléphone, rien ?! Y a eu un classement sans suite et suivi discret..." Ainsi il est contrôlé à Bari.

Mais il ne se passe rien après le contrôle à Bari, été 2015. Me Chemla revient sur ce "contrôle discret, signalement 36.2 Schengen, c'est tout !" Enquêteur : "Le signalement a existé jusqu'au 15 novembre.

Me Chemla veut savoir comment Salah #Abdeslam a été suivi, devait être suivi, puisque au matin du 14 novembre, il a pu rentrer en Belgique sans être arrêté au contrôle de gendarmerie.

Me Chemla veut des réponses précises, "car ce sont des questions qui nous préoccupent, continueront de nous préoccuper", il veut des réponses claires. L'enquêteur dit qu'il y a eu des échanges d'infos entre la France et la Belgique le 14 novembre, au matin...

Ce qui a déjà été dit à cette barre par François Molins entre autres. Infos en fin de matinée, mais Salah Abdeslam avait été contrôlé en début de matinée le 14 novembre...

Me Martin Vettes, un des avocats de Salah Abdeslam se met à poser des questions : "est-ce que vous avez des éléments matériels d'objectiver une radicalisation jusqu'en août 2015, avec consultation de sites ou propagande EI ?" Enquêteur : "non", mais il cite un contact en Syrie

Me Vettes : "On n’est pas là pour vous dire que Salah Abdeslam n'est pas radicalisé, je vous rassure tout de suite… Je vois madame l’avocate générale qui sourit".

Me Vettes note que Salah Abdeslam n'est pas parti en Syrie. Enquêteur : "Il est resté en Belgique car il a dit que Brahim était "grillé"" (de retour de Syrie) Me Ronen, autre avocate de Salah Abdeslam : "encore une hypothèse"

Me Olivia Ronen se met à poser les unes après les autres, des questions sur le café Les Béguines des frères Abdeslam A la fin : "vous savez qui le gérait administrativement ?" demande-t-elle à l'enquêteur. "Non", avoue-t-il.

Elle évoque une perquisition aux Béguines. Faite par la DR4 (autre service de police que la DR3, police antiterroriste, cet enquêteur appartient à la DR3), et elle résumé cette perquisition en 15 minutes et 31 fourchettes perquisitionnées avec ADN d'accusés...

Et elle précise que la DR4 a refermé la porte au bout de 15 minutes. S'étonne de cette perquisition expresse. Et la DR3 a perquisitionné ? "Sans doute" dit l'enquêteur. L'avocate : "Et il y avait une cave aux Béguines ?" Enquêteur dit que sûrement mais n'y est pas allé.

Me Ronen pose une nouvelle question pour l'enquêteur qui se met à en poser une en retour. Me Olivia Ronen : "ah non, c'est moi qui pose les questions, mais n'hésitez pas à répondre !" Silence. Elle attend. L'enquêteur : "Ah ?" et il peine à répondre.

Le président Périès dit qu'il y a un "air goguenard" dans les questions. Me Olivia Ronen poursuit et pointe du doigt des absences de bornage dans l'enquête, "j'aurais aimé plus de rigueur", dit-elle.

Me Olivia Ronen dont ChPiret avait brossé le portrait pour franceinter

Me Ronen qui note que l'accusé Oulkadi a dit en audition que Salah Abdeslam aurait pu radicaliser son grand frère Brahim : "c'était l'ami de qui Oulkadi ?"

Enquêteur : "Si je m'en réfère à la téléphonie, Oulkadi proche de Brahim Abdeslam Me Ronen, ironique : "Vous avez raison de vous en référer à la téléphonie, puisque vous êtes un enquêteur fin sur la téléphonie" Président : "Me Ronen si vous pouviez éviter vos commentaires !"

Me Olivia Ronen, avec assurance : "Monsieur le président, je sais que mes questions sont fines !"

Et le président Périès lui demande de changer de ton. Et elle dit que tant qu'on y est, elle peut aussi arrêter de poser des questions. Et le magistrat : "Sur le fond, elles sont tout à fait justifiées !", mais pas le ton, dit-il.

Me Olivia Ronen, toujours pleine d'assurance : "Mon ton me sied assez !" Président Périès : "Et moi je suis chargé de la sérénité des débats" Me Ronen : "Avançons ! Parlons de la Grèce"

Me Olivia Ronen demande à l'enquêteur belge s'il a un élément sur une rencontre entre Ibrahim El Bakraoui, Salah Abdeslam et Ahmed Dahmani ? Enquêteur : "Non" Me Ronen se rassied, triomphale.

Un avocat général se lève pour une précision sur ce que Me Ronen a dit. Elle ironise sur la précision, air moqueur. "Le fond de votre propos, c'était de faire la leçon à la police judiciaire fédérale" rétorque l'avocat général Le Bris et il se rassied.

Quelques dernières questions de Me Negar Haeri, avocate de Mohammed Amri, Me Haeri a toujours une petite voix douce. L'audience se termine avec ces questions-là. Le président remerciant l'enquêteur belge "pour toutes ces précisions". Jour 55. Compte-rendu à suivre.

Jour 56 – Mercredi 8 décembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Bonjour à tous, C'est aujourd'hui le 56e jour d'audience au procès des attentats du 13 novembre 2015

Aujourd'hui et demain, sont les derniers jours consacrés aux auditions des enquêteurs belges. Avec, pour aujourd'hui, les parcours d'Abdellah Chouaa et de Ali Oulkadi.

L'enquêteur 441.157.616 évoque la "téléphonie" d'A. Chouaa, soupçonné d'avoir utilisé 3 numéros de téléphones. L'accusé n'en reconnaît que deux. Mais selon l'enquêteur, le bornage du 3e numéro et les contacts sont les mêmes que pour les lignes "officielles" d'Abdellah Chouaa.

Parmi les autres éléments développés par l'enquêteur 441.157.616 : le fait qu'Abdellah Chouaa a emmené Mohamed Abrini à l'aéroport pour la Turquie (et ensuite la Syrie). La question étant de savoir si Abdellah Chouaa connaissait la destination finale de Mohamed Abrini.

Enquêteur 441.157.616 : au sujet du voyage de Mohamed Abrini en Syrie, celui-ci a déclaré à la juge d'instruction belge : "Abdellah Chouaa savait que je me barrais en Syrie. Lui, l'islam c'est pas son truc. Mais il ne m'a pas barré la route"."

Alors que Mohamed Abrini se trouve encore en Turquie, il a 11 contacts téléphoniques avec Abdellah Chouaa, poursuit l'enquêteur 441.157.616. Puis, une quarantaine de contacts, y compris lorsqu'il est alors en Syrie avec le 3e numéro de téléphone attribué à Abdellah Chouaa.

L'enquêteur 441.157.616 dresse le parallèle entre les étapes du séjour de Mohamed Abrini en Syrie et ses appels avec le numéro attribué à Abdellah Chouaa (qu'il conteste). Un de ces appels a lieu le 1er juillet, probablement après qu'Abrini a rencontré Abdelhamid Abaaoud à Raqqa.

Enquêteur 441.157.616 : "Abdellah Chouaa, lui, a dit de Mohamed Abrini n'avait jamais évoqué cette rencontre avec Abdelhamid Abaaoud [futur coordonnateur des attentats du 13 novembre 2015, ndlr] à Raqqa".

Ensuite, poursuit l'enquêteur 441.157.616, Mohamed Abrini va quitter la Syrie et rejoindre l'Angleterre (mandaté par Abdelhamid Abaaoud pour y récupérer de l'argent). Là encore, il est en contact régulier avec le numéro de téléphone attribué à Abdellah Chouaa.

Mohamed Abrini rentre ensuite en France. Abdellah Chouaa et Ahmed Dahmani le récupérent à l'aéroport de Roissy, explique l'enquêteur 441.157.616. Dans la voiture, Abdellah Chouaa "explique que Mohamed Abrini a remis 10 000 euros à Ahmed Dahmani pour qu'il le change au casino".

Une fois n'est pas coutume, le président salue l'exposé de l'enquêteur belge 441.157.616 : "merci pour cet exposé très complet". Pas de questions de la cour. Place à celles du parquet national antiterroriste.

Nicolas Le Bris (avocat général) : "au mois de mai 2014, Abdellah Chouaa s'est présenté spontanément à la police pour faire part du fait que son frère était sur le point selon lui de partir pour la Syrie ?" 1/2

Enquêteur 441.157.616 : "tout à fait. Mais Mohamed Abrini était aussi dans cette réaction vis à vis du départ de son propre frère [en Syrie, ndlr] Et pourtant Mohamed Abrini a évolué par la suite. Donc il a pu influencer Abdellah Chouaa dans son regard sur l'Etat islamique". 2/2

Avocat général : "Abdellah Chouaa a dit qu'il avait demandé à son frère de dénoncer le départ pour la Syrie de Mohamed Abrini." Enquêteur 441.157.616 : "je ne peux pas confirmer car il est interdit par la loi belge à l'enquêteur qui a eu cette information de divulguer sa source."

Me Maktouf (PC) : "vous avez expliqué que le père d'Abdellah Chouaa a perdu son droit de séjour, pourquoi ?" Enquêteur 441.157.616 : "il est parti s'installer au Maroc et a donc perdu son droit de résider en Belgique, c'est une procédure administrative."

Mohamed Abrini se lève dans le box, il veut s'exprimer. Mais le président le coupe : "attendez, après les questions". On poursuit avec les questions des avocats de parties civiles. Me Catherine Szwarc repose les mêmes questions qui ont fait l'objet de l'exposé de l'enquêteur.

Place aux questions de la défense, avec Adrien Sorrentino, avocat d'Abdellah Chouaa. Il appelle que Mohamed Abrini "a déclaré en début d'audience qu'il n'a rien à faire dans ce dossier".

Me Sorrentino : "Pouvez-vous nous indiquer si le numéro [contesté par Abdellah Chouaa, ndlr] a été attribué à une autre personne dans ce dossier ? Enquêteur 441.157.616 : Non - Si, il a été attribué pendant deux ans à Ibrahim Abrini. - il faudrait que je reprenne les données.

Me Sorrentino :"Votre théorie c'est que cette ligne est dédiée entre Abdellah Chouaa et Mohamed Abrini lors de son séjour en Syrie. Alors pourquoi Mohamed Abrini continue d'appeler sur sa ligne officielle ? " Enquêteur 441.157.616 : "pour moi, ça ne remet pas en cause la théorie"

Fin de l'audition de l'enquêteur 441.157.616. L'audience est suspendue avant l'audition de son collègue et second témoin de la journée.

L'audience reprend avec un nouvel enquêteur belge, qui témoigne de manière anonyme lui aussi, sous le matricule 447.610.037. Il doit retracer aujourd'hui le parcours de l'accusé Ali Oulkadi (et poursuivre demain avec ceux de Mohamed Amri et Hamza Attou).

Dans la salle, des avocats de la défense indiquent qu'on entend à peine l'enquêteur pour sa prestation de serment. Le président, s'agace : "oui, je sais. J'allais y venir. Soyez un peu patient. Parfois, vous êtes vraiment impatients. Ça se passe bien jusqu'à présent, non ?"

L'enquêteur 447.610.037. débute son exposé sur Ali Oulkadi, accusé qui comparaît libre à cette audience. "Il apparaît dans ce dossier par son numéro téléphone qui est le premier contact utilisé par Hamza Attou après que celui-ci est rentré de Paris pour récupérer Salah Abdeslam".

Enquêteur 447.610.037 : "Ali Oulkadi est père de 3 enfants, nés en 2012, 2015 et 2020. Le couple est domicilié à Molenbeek depuis 2014." "Il a eu maille à partir avec la justice belge pour sa consommation de stupéfiants. Il travaille comme soudeur et livreur pour un restaurant"

Enquêteur 447.610.037 : "je tiens à dire qu'au moment où il apparaît dans notre enquête, Ali Oulkadi n'est absolument pas connu des dossiers terroristes. Il est de confession musulman mai dit ne pas être un pratiquant régulier."

L'enquêteur 447.610.037. explique qu'Ali Oulkadi a été arrêté le 22 novembre 2015, alors qu'il était au volant de la voiture de sa compagne. "Les éléments saisis, téléphone et table, n'ont révélés aucun élément de radicalisation".

Enquêteur 447.610.037. : "Ali Oulkadi est vraiment un enfant du quartier. Il a grandi au coeur de la commune de Molenbeek." Carte de la commune à l'appui, l'enquêteur souligne la proximité des domiciles des différents protagonistes du dossier : A. Oulkadi, M. Amri, H. Attou etc.

L'enquêteur 447.610.037. : "Lorsqu'il est entendu, Ali Oulkadi évoque spontanément Brahim Abdeslam, parle de lui comme "son meilleur ami". Il a fait sa connaissance en se rendant dans son café et se sont découvert des points communs. Ils sont originaires du même village au Maroc"

L'enquêteur 447.610.037. cite les propos d'Ali Oulkadi sur la radicalisation des frères Abdeslam : "C'est Salah Abdeslam qui a montré le chemin de la radicalisation à Brahim qui l'a suivi et ensuite dépassé. Brahim considère que ses propres parents iront en enfer."

L'enquêteur 447.610.037. : "Ali Oulkadi, proche de Brahim Abdeslam, s'est bien rendu compte de son évolution. Cela ne veut pas dire qu'il partageait ses opinions radicales, mais il était au courant. Et savait que Brahim Abdeslam avait des contacts avec Abdelhamid Abaaoud."

Selon l'enquêteur 447.610.037. Ali Oulkadi était "bien au courant de la radicalisation de Salah Abdeslam également. Il pensait notamment qu'on n'avait pas le droit de vivre ici [en Belgique, ndlr], que c'était un pays de mécréants"

Nicolas Le Bris (avocat général) : vous avez été très prudent sur la radicalisation d'Ali Oulkadi. Mais on est d'accord qu'il a reconnu avoir visionné des vidéos [de l'Etat islamique, ndlr] au café Les Béguines [tenu par les frères Abdeslam, ndlr] ? Enquêteur : "tout à fait."

Me Judith Levy, avocate d'Ali Oulkadi interpelle l'enquêteur sur une "information policière selon laquelle les frères Abdeslam seraient venus chez Ali Oulkadi pendant le ramadan 2015. Cela n'a été objectivé par rien". Enquêteur : "en effet, mais on ne l'a pas repris en audition".

Fin de l'audition de l'enquêteur et de cette journée d'audience. Reprise prévue demain à 12h30 avec la suite et fin des auditions des enquêteurs belges. Demain est également prévue l'audition d'un des frères d'Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur des attentats du 13 novembre 2015.

Jour 57– Jeudi 9 décembre - Suite des auditions d’un enquêteur belge puis d’un des frères d'Abdelhamid Abaaoud

Bonjour à tous, C'est aujourd'hui le 57e jour d'audience au procès des attentats du 13 novembre 2015

Au programme aujourd'hui : la dernière audition d'un enquêteur belge au sujet des accusés Hamza Attou et Mohamed Amri. Puis un [null des frères d'Abdelhamid Abaaoud] sera entendu en visioconférence.

Enquêteur 441 157 616 : "monsieur Attou est de confession musulmane mais se dit peu voire pas pratiquant. Il fume du haschich, la cigarette et consomme de l'alcool de façon régulière. Il dit ne pas cautionner les attentats terroristes et n'avoir aucun rapport avec le 13 novembre"

Enquêteur 441 157 616 : "Hamza Attou est arrêté alors qu'il descend de la voiture de conduite par Mohamed Amri, lui-même interpellé ce jour-là [le 14 novembre 2015, ndlr]"

Enquêteur 441 157 616 : "depuis l'ouverture du café Les Béguines en 2013, Hamza Attou travaille au noir dans le café comme barman. Il y est tous les jours. Par la suite, il expliquera avoir vendu des produits stupéfiants pour le compte de Brahim Abdeslam dans l'enceinte du café".

Enquêteur 441 157 616 : "Hamza Attou tient aussi le café [Les Béguines, ndlr] lorsque Brahim Abdeslam s'absente à l'étranger. Cela démontre un certain niveau de confiance de Brahim Abdeslam pour Hamza Attou. Il lui confie son établissement et la gestion des finances."

Enquêteur 441 157 616 : "Hamza Attou est au courant de l'évolution de Brahim Abdeslam [vers la radicalisation, ndlr] mais ne semble pas s'en préoccuper outre mesure puisqu'il continue à travailler dans le café, même après le retour de Brahim Abdeslam de Turquie/Syrie".

Enquêteur 441 157 616 : "au sujet de Mohamed Amri, Hamza Attou et lui sont relativement proches au point de s'être rendus tous les deux le 11 novembre 2015 à Aix-la-Chapelle pour aller, je cite "voir les filles". Une activité qu'on ne fait pas forcément avec le premier venu."

Enquêteur 441 157 616 : "Mohamed Amri et Hamza Attou sont au courant des activités liées aux stupéfiants de l'un et l'autre et n'ont pas vraiment de secrets l'un pour l'autre."

Fin de l'exposé de l'enquêteur. Pas de questions de la part de la cour, des avocats généraux et des parties civiles. "On a bien fait de faire ce tour", sourit le président. En défense, en revanche, Me Delphine Boesel, avocate d'Hamza Attou a quelques questions pour l'enquêteur.

Me Delphine Boesel : "vous avez rappelé la date de naissance d'Hamza Attou en 1994, pourriez-vous nous rappeler celle de Brahim Abdeslam ?" Enquêteur 441 157 616 : "je crois qu'il est plus âgé de 3 ans." - Non, il est né en 1984. Donc il a dix ans d'écart.

Me Delphine Boesel : "vous avez évoqué le caractère taiseux d'Hamza Attou mais vous n'avez pas rappelé qu'il était aussi serviable, ne disait jamais non." Enquêteur 441 157 616 : "cela ressort effectivement des auditions, il était toujours prêt à rendre service à Brahim Abdeslam"

Me Delphine Paci, avocate belge d'Hamza Attou, revient sur les déclarations de Rafik El Hassani, "que vous avez cité au moins 10 fois, monsieur" : "le problème, c'est quand on se sert de ses déclarations pour incriminer d'autres personnes alors qu'il ment à longueur de temps".

Me Delphine Paci : "dans ses auditions, monsieur Rafik El Hassani va dire tout et son contraire. Donc moi ma question c'est de savoir comment vous triez les propos que vous reprenez ici ? En fonction de ce qui vous arrange ?" Enquêteur : "je reprends les points intéressants."

Me Delphine Paci : "est-ce que vous pouvez nous dire si à Molenbeek de nombreuses personnes pratiquent un islam dit rigoriste ?" Enquêteur 441 157 616 : "Je n'ai pas connaissance du tissu social de Molenbeek, je ne suis pas sociologue."

L'enquêteur 441 157 616 passe maintenant à la présentation du parcours de Mohamed Amri, qui doit clore les auditions des enquêteurs belges. "Il est né au Maroc et a acquis la nationalité belge en 2017. Il est marié et domicilié à Molenbeek depuis 2013."

Enquêteur 441 157 616 : "la famille de Mohamed Amri n'est pas connue du phénomène radical. Ses sœurs et sa mère portent le voile. Son épouse ne le porte pas. Elle s'est convertie à l'islam un an avant de rencontrer Mohamed Amri."

Enquêteur 441 157 616 : "il a un travail saisonnier au sein du Samu Social. Il fait cela depuis plusieurs années. Il avoue consommer des produits stupéfiants et dans ce contexte est en contact avec monsieur Hamza Attou de façon très régulière".

L'enquêteur 441 157 616 évoque la saisie de matériel au domicile de Mohamed Amri : "deux liens interpellent l'enquêteurs car ils comprennent le terme "Kamikaze". Mais il apparaît qu'il s'agit d'un groupe de musique francophone. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas".

Enquêteur 441 157 616 : "on retrouve aussi une clé USB". Dessus : "différents anasheeds, ces chants djihadistes qui étaient dans les fichiers cachés de la clé." L'enquêteur note que d'autres anasheeds "sur le mariage et sans connotation djihadistes" sont également retrouvés.

L'enquêteur 441 157 616 évoque encore d'autres fichiers comme "des récitations du Coran sans aucune connotation radicale ou violente, vraisemblablement à destination de l'épouse de monsieur Amri qui a indiqué ne pas lire le Coran mais l'écouter en récitation"

L'enquêteur 441 157 616 résume que les fichiers à connotation djihadistes retrouvés dans les supports informatiques et téléphone de Mohamed Amri "sont en quantité raisonnable. Même si c'est déjà trop, me direz-vous."

Enquêteur 441 157 616 : "Mohamed Amri reconnaîtra que les frères Salah et Brahim Abdeslam sont des amis. Il visionnait les vidéos [de propagande de l'Etat islamique, ndlr] dans la cave du café Le Béguines avec les autres [protagonistes du dossiers, ndlr]"

Enquêteur 441 157 616 : "les relevés téléphoniques permettent de constater que Salah Abdeslam compte parmi les contacts principaux de Mohamed Amri après son épouse."

L'enquêteur 441 157 616 cite une conversation en détention entre Salah Abdeslam et un autre accusé. Salah Abdeslam évoque son retour en Belgique après les attentats du 13 novembre : "au 2e barrage, c'était hard. Mohamed Amri voulait s'enfuir. C'est un pur mon frère."

La 1ere assesseure détaille les photos retrouvées dans le téléphone de Mohamed Amri : photos des frères Kouachi, de femmes en niqab armées de kalachnikov, d'exécutions. Elles ont été retrouvées dans le téléphone qu'il utilisait jusqu'en novembre 2015 ? Enquêteur 441 157 616 : oui

L'avocat général, Nicolas Le Bris revient lui aussi sur ces images : "elles proviennent de site d'informations généraux. Mais cela signifie qu'il faut avoir fait une recherche sur le sujet ?" Enquêteur 441 157 616 : "on entre une thématique et ensuite on a accès à des articles".

L'enquêteur 441 157 616 explique que ces fichiers n'ont été retrouvés dans le téléphone de Mohamed Amri qu'en août 2016 car "dans un premier temps, on a seulement fait une recherche pour essayer de retrouver Salah Abdeslam [alors en fuite, ndlr]."

Me Nogueras, avocat de Mohamed Amri, revient sur les images retrouvées sur le téléphone de son client. "Quand on télécharge une photo soi-même, le poids de la photo est nettement supérieur au poids des photos retrouvées, ce qui prouve que ce n'est pas un téléchargement volontaire

Président : "il faut que vous parliez bien dans le micro pour l'enregistrement historique." Me Nogueras : "je bouge trop monsieur le président ? C'est parce que je bouillonne, intérieurement" Le président : "on saura tout ..."

Me Nogueras : "les anasheeds retrouvés sur une clé USB sont en arabe. Mais M. et Mme Amri ne parlent pas l'arabe littéraire" Enquêteur 441 157 616 : "il n'y a pas eu je pense de vérification à ce sujet-là. Je ne peux pas dire ce qu'il comprend lorsqu'il écoute ce genre de chose"

Me Nogueras : "la relation entre Mohamed Amri et Brahim Abdeslam n'est-elle pas une relation de crainte plus que de confiance ?" Enquêteur : "Brahim Abdeslam est quelqu'un qui s'emporte facilement. Mais on n'a pas les éléments pour déterminer la nature précise de leur relation."

Me Nogueras : "le mot "séance" de visionnage des vidéos [de l'Etat islamique ndlr] il sort d’où ? Je connais les séances de cinéma avec du pop-corn, mais là ..." Enquêteur : "ce n'est effectivement pas le terme le plus approprié. Il n'y a pas d'organisation de ces visionnages."

Enquêteur 441 157 616 : "on n'a pas d'éléments sur le fait que Mohamed Amri avait le né sur l'écran lors du visionnage des vidéos [de propagande de l'Etat islamique, ndlr]. Mais il ne faut pas perdre de vue que les visionnages de vidéo sont accompagnés de discussions."

Me Negar Haeri : "à partir de quels supports informatiques, on télécharge des fichiers sur une clé USB ?" Enquêteur : "d'un ordinateur." - et est-ce que sur l'ordinateur de monsieur Amri, vous avez retrouvé les téléchargements d’anasheeds ?" - pas sur les deux ordinateurs analysés

Me Negar Haeri : "vous avez évoqué le caractère redevable de Mohamed Amri vis à vis de Brahim Abdeslam à qui il avait acheté une voiture à bon prix" Enquêteur : "Brahim Abdeslam, qui avait de l'argent grâce aux stupéfiants, avait l'ascendant sur des personnes en précarité"

Long débat sur les clés USB retrouvées au domicile et dans la voiture de Mohamed Amri. L'une d'elle, cryptée, n'a jamais eu être déchiffrée. Mais six clés ont été retrouvées au total, de couleur et de contenance différentes ... et l'on s'y perd un peu.

Fin de l'audition de l'enquêteur 441 157 616 (et des enquêteurs belges pour cette phase du procès). L'audience est suspendue avant l'audition, par visioconférence depuis Bruxelles, de Yassine Abaaoud, frère d'Abdelhamid Abaaoud, le coordonnateur des attentats du 13 novembre 2015

L'audience reprend. La connexion avec Bruxelles est à nouveau établie. Cette fois, à la place des enquêteurs antiterroristes qui se sont succédés ces derniers jours, est installé Yassine Abaaoud "né le 17 août 1995, étudiant, célibataire". Sweat à capuche blanc, masque noir.

Président : "la loi française prévoit que vous devez faire une déposition spontanée dans le cadre de cette affaire. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?" Yassine Abaaoud : "je suis désolé pour toutes les victimes, les personnes innocentes tuées dans les quatre coins du monde."

Yassine Abaaoud: "pour ce qui est des faits, je ne suis pas capable de vous donner des informations. Dès lors, je ne sais pas si je vais pouvoir être d'une grande utilité dans ce procès." Président : "vous avez été cité en raison de votre lien avec Abdelhamid Abaaoud, votre frère"

Yassine Abaaoud : "par rapport à mon frère Abdelhamid, je ne sais rien et notre famille est dans le doute car on n'a pas vu son corps, ni des photos. Il y a des légendes qui circulent pour dire qu'il serait encore en vie et que c'est pas lui qui a commis ces attentats."

Yassine Abaaoud ne veut pas s'étendre sur les autres accusés qu'il connaissait, dont Salah Abdeslam et Mohamed Abrini :"ça veut dire quoi connaître ? C'est la génération de mon frère. Je ne préfère pas répondre."

Président : "que pouvez-vous nous dire sur la radicalisation de votre frère et le fait qu'il ait été séduit par l'Etat islamique," Yassine Abaaoud : "mon grand frère a quitté le domicile familial quand il avait 16 ans. Je ne connaissais pas ses activités, ses fréquentations."

Yassine Abaaoud : "après un séjour en Egypte, je n'ai plus revu mon frère." Président : "vous avez dit aux policiers au Maroc qu'il était parti en Syrie en 2012." - au Maroc, l'audition était en arabe, je ne sais pas le lire. Je ne sais pas ce que j'ai signé.

Yassine Abaaoud répond à minima aux questions du président, souvent par : "je ne sais pas". "Mon frère ne me racontait pas ce qu'il avait en tête, ses projets légaux ou pas."

Yassine Abaaoud : "je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il [Abdelhamid Abaaoud, ndlr] prenne mon petit frère [pour l'emmener en Syrie] alors qu'il avait à peine 13 ans, sans le consentement de mes parents, ni personne." Younes Abaaoud est vraisemblablement décédé en Syrie.

Président : "vous savez ce que votre frère Abdelhamid faisait en Syrie ?" Yassine Abaaoud : "non, monsieur." - il faisait quoi ? Du tourisme ? - je ne sais pas monsieur.

Président : "on essaye de comprendre ce qu'il s'est passé dans la tête de votre frère pour qu'il en arrive à faire un certain nombre de choses d'une gravité extraordinaire ?" Yassine Abaaoud : "c'était une période trouble, sur le plan géopolitique c'était catastrophique."

Yassine Abaaoud : "le fait de ne pas savoir si c'est vraiment mon frère qui a fait ça, c'est une question et il y a plein de choses qui tournent autour." Président : "sur le fait que c'est votre frère qui a fait ça, il n'y a pas de doute. C'est malheureusement établi"

Président : "la dernière fois que vous avez vu votre frère, c'était quand ?" Yassine Abaaoud : "il y a longtemps. Je ne suis pas quelqu'un qui pose beaucoup de questions."

Président : "vous n'avez eu aucune nouvelle de lui à l'été 2015, quand il est revenu en Belgique [dans la perspective des attentats du 13 novembre 2015, ndlr] ? " Yassine Abaaoud : "non. Pour moi, il était en Syrie. Je me disais qu'il n'oserait jamais revenir en Europe."

Président : "et en janvier 2015 ? [Projet d'attentat de Verviers, ndlr] Yassine Abaaoud : "j'étais en prison, j'ai reçu un appel de sa part. Le dernier. Il venait juste d'y avoir Charlie Hebdo. Il disait que c'était que le début. Moi j'avais juste envie de raccrocher."

Président : "il semblerait que votre jeune frère Younès soit également décédé en Syrie." Yassine Abaaoud : "je ne sais pas, monsieur." - vous n'avez pas eu cette information ? - non

La 1ere assesseure précise que Yassine Abaaoud a été condamné au Maroc pour apologie et non dénonciation de crimes terroristes pour n'avoir pas signalé le départ de son frère Abdelhamid en Syrie.

Mais Yassine Abaaoud conteste à la fois les faits pour lesquels il a été condamné au Maroc ainsi que les propos qu'il aurait tenu devant les enquêteurs marocains. "C'est absolument faux. Je découvre ces propos", réagit-il à la lecture par l'assesseure d'auditions marocaines.

A chacune des lectures d'auditions de Yassine Abaaoud devant la police marocaine, celui-ci conteste. Première assesseure : "c'est une invention des services de police marocains ?" - tout à fait, madame.

Ce moment où Yassine Abaaoud répond à la première assesseure : "comme je l'ai dit au procureur ..." Le président intervient : "c'est le président, pas le procureur, je précise." - Désolé monsieur le président.

Assesseure : "vous vous souvenez d'une interview de votre frère à la revue Dabiq [de l'Etat islamique, ndlr] ? Yassine Abaaoud : "je me souviens d'une photo qui avait été reprise dans un journal belge. Je ne crois pas qu'il était armé, il était rasé de près, je me souviens."

Yassine Abaaoud au sujet de son frère Abdelhamid : "c'était un sacré personnage. Il a fait ses choix, il a pris ses décisions. Et puis il les a assumées." Assesseure : "ça veut dire quoi être un sacré personnage pour vous ? - Il avait du caractère. Il était autoritaire.

Pour la troisième fois, Yassine Abaaoud se dit "sceptique" par rapport à la mort de son frère, Abdelhamid. "Parce que personne n'a vu son corps. C'est pour ça que dans ma famille, on se pose encore des questions."

Me Aude Rimailho (parties civiles) interroge Yassine Abaaoud sur les contacts "que vous avez eu à 13 reprises avec Mohamed Abrini", probablement pour préparer son voyage en Syrie. "Absolument pas, madame", conteste Yassine Abaaoud. "Je n'ai eu aucun contact avec Mohamed Abrini"

Me Frédérique Giffard (PC) : "on avait espoir d'entendre votre père aussi. Vous en avez discuté avec lui ?" "Je ne savais pas qu'il était également cité", dit Yassine Abaaoud qui a expliqué que son père, qui vit à Agadir, était malade et n'avait pas de contact avec l'extérieur."

Me Frédérique Giffard (PC) : "vos parents ont perdu deux fils. Comment votre famille a vécu ça ?" Yassine Abaaoud refuse d'abord d'en parler, puis se ravise : "je vais le faire pour les victimes". "Ma famille s'est brisée. Ça n'a pas été facile pour mes parents, mes soeurs."

Yassine Abaaoud : "On espère encore le retour de mon petit frère. On était des commerçants sans histoire. Et tout a changé. Je me retrouve à vivre en Belgique sans mes parents. Mes parents se sont séparés. Ça n'a pas été facile et ça ne l'est toujours pas."

Yassine Abaaoud, très ému : "c'est surtout la disparition de mon petit frère [Younès, ndlr] qui nous a brisé le cœur, vu qu'il n'était pas responsable, qu'il ne savait pas où il allait". "C'est un peu un tabou, chacun garde ça pour soi"

Fin de l'audition de Yassine Abaaoud. "Merci monsieur pour toutes ces précisions", lance le président d'un ton ironique. Le père d'Abdelhamid Abaaoud n'ayant pas pu être joint pour son audition, il ne sera pas entendu, confirme le président.

Le président s'apprête donc à lire l'audition d'Omar Abaaoud en 2016 devant les enquêteurs. "Je me permets à titre exceptionnel d'enlever mon masque", avertit-il. "Il n'y a personne en face de moi."

En audition, Omar Abaaoud a expliqué ne pas faire ses prières, boire de l'alcool, "pas tous les jours, mais souvent, cela m'aide à dormir". "Pour, il n'y a pas de terre musulmane. Simplement des musulmans qui peuvent pratiquer leur religion n'importe où."

Omar Abaaoud, en audition, au sujet des jeunes qui rejoignent l'Etat islamique : "pour moi, ils ne connaissent rien à la religion. Ce ne sont que des ignorants. Ils n'ont rien compris et ne comprendront rien."

Omar Abaaoud au sujet des attentats du 13 novembre 2015 : "pour moi c'est de la sauvagerie". Il explique qu'il a appris ces faits en regardant la télévision. Quand il apprend que son fils y est mêlé, "je ne voulais pas y croire. Pour moi, il était en Syrie."En audition, Omar Abaaoud explique n'avoir pas remarqué la radicalisation de son fils Abdelhamid. Ni d'ailleurs celle des frères Abdeslam : "ils ne savent même pas parler l'arabe !" "De mon temps, rien de tout cela n'existait."

En audition, Omar Abaaoud raconte l'enlèvement de son plus jeune fils par Abdelhamid. Il reçoit un appel alors qu'ils sont en Syrie : "Younès m'a dit : "je prends le petit-déjeuner et je vais à l'école au Shâm. J'étais malade. Je me disais que j'avais perdu mes deux fils."

Les enquêteurs ont interrogé Omar Abaaoud sur le sort de son plus jeune fils, Younès : "maintenant qu'il n'est plus avec Abdelhamid, avec qui reste-t-il en Syrie?" Omar Abaaoud (audition) : "je ne sais pas. Je ne demande pas mieux qu'il rentre en Belgique. Il est mineur."

Fin de la lecture de l'audition du père d'Abdelhamid Abaaoud. L'audience est suspendue jusqu'à demain 12h30.


Jour 58 – Vendredi 10 décembre – Auditions du père et de la sœur du terroriste du Bataclan Samy Amimour

Bonjour à tous, 58e jour d'audience aujourd'hui au procès des attentats du 13 novembre

Au programme aujourd'hui : les [null auditions du père et de la sœur du terroriste du Bataclan Samy Amimour]. LT à suivre ici. Et l'antenne de franceinter c'est  sophparm dès le journal de 13h.

L'audience reprend. Mais ni Salah Abdeslam, ni Osama Krayem ne sont présents dans le box. Comme le veut le code de procédure pénale, l'audience est donc immédiatement suspendue le temps des sommations d'huissier.

L'audience reprend. "Après les sommations prévues par la loi, messieurs Abdeslam et Krayem ont refusé de venir à l'audience", précise le président, sans que l'on connaisse les motivations de ces absences désormais puisque les auditions des enquêteurs belges sont terminées.

Les accusés étant à nouveau neuf dans le box (trois d'entre eux comparaissent libres et sont installés devant), le président les prie "de bien garder le masque". Place à l'audition du premier témoin, monsieur Azdyne Amimour, père du kamikaze du Bataclan Samy Amimour.

Azdyne Amimour s'avance à la barre. "Je suis retraité. J'ai 74 ans. Et je réside à Liège en Belgique", précise-t-il comme le veut la procédure. "Lorsque j'ai appris l'attentat, je savais qu'il y avait un attentat et puis c'est tout. Et le lundi, ils sont venus nous chercher."

Azdyne Amimour : "moi, ma femme et ma fille ont a été en garde à vue. Je ne savais absolument rien. On m'a interrogé, plusieurs fois. J'ai passé je crois quatre jours et quatre nuits en garde à vue. Et j'ai été relâché."

Azdyne Amimour : "mon fils a fait un parcours scolaire sans faute. Il a eu son bac du premier coup, s'est inscrit pour faire une licence en droit. Et puis après, ça s'est passé à une vitesse vertigineuse. Il a commencé à s'intéresser à la religion, à fréquenter la mosquée."

Président : "est-ce que vous pouvez dater cette évolution, ses fréquentations ?" Azdyne Amimour : "je sais qu'il allait faire du foot. Je suis allé le voir une ou deux fois aux entraînements. A propos de la mosquée, j'étais un peu inquiet donc j'y suis allé avec lui."

Azdyne Amimour : "je suis allé deux ou trois fois avec lui à la mosquée du Blanc-Mesnil. J'ai entendu le prêche, mais je n'ai remarqué d'anormal." Président : "mais vous étiez inquiet par rapport à quoi ?" - par rapport à sa nouvelle façon de s'habiller.

Azdyne Amimour : "au départ, je me disais "s'il est sur la bonne voie en pratiquant la religion, je préfère ça qu'être dealer ou autre ..." Mais il s'est mis à porter le qamis, tout ça. Lorsqu'il est parti [en Syrie, ndlr], il nous a dit qu'il allait dans le sud de la France."

Azdyne Amimour évoque la dernière fois qu'il a vu son fils : "c'était bizarre. Je partais et il est venu jusque dans l'ascenseur pour m'embrasser. Ça m'avait marqué. Et puis quelques jours après, il a appelé sa mère pour lui dire "pas la peine de me chercher, je suis en Syrie".

Azdyne Amimour : "on parlait avec lui par Skype. Je lui posais des questions. Mais à un moment donné, cela l'a dérangé et comme je ne voulais pas qu'il rompe le contact, je ne lui ai pas fait la morale. Il m'a dit qu'il apprenait le dialecte syrien. "

Azdyne Amimour : "il me disait qu'il voulait apprendre l'arabe et qu'il voulait aider." Président : "aider ?" - au début, en Belgique, il faisait des maraudes pour ramasser des vêtements pour la Syrie. - vous l'avez cru - au début, oui. C'était un enfant sage. Donc on le croit.

Président : "à quel moment vous comprenez qu'il n'est pas dans l'humanitaire, mais avec le Jabat Al Nosra" Azdyne Amimour : "une cousine qui travaillait à l'Unicef m'a dit que c'était une association humanitaire. Puis après, j'ai compris que c'était une filière d'Al-Qaïda."

Président : "vous êtes allé en Syrie pour essayer de récupérer votre fils?" Azdyne Amimour : "j'y suis allé en 2014. Mais quand j'ai été entendu par la DGSI, je venais d'apprendre que mon fils était impliqué dans les attentats, j'étais sous le choc, alors j'ai dit non."

Azdyne Amimour : "c'était en juillet 2014. Je suis allé en Turquie. J'ai contacté mon fils par téléphone. Et le lendemain, quelqu'un a frappé à ma porte : il m'a dit dans 5 minutes, tu descends, tu ne parles à personne. Il m'a arrêté devant un minibus."

Mais arrivé devant le minibus, Azdyne Amimour explique qu'ils n'ont pas voulu le prendre. Deux jours après, en revanche, "je n'ai pas eu de problème. On est parti vers la Syrie. On a traversé un barrage ou je voyais le drapeau noir..." Président : "le drapeau de l'Etat islamique"

Azdyne Amimour : "j'ai discuté avec les gens qui étaient là. Il y avait un Allemand qui m'a dit : "je vais te présenter l'émir". L'émir m'a dit : comment il s'appelle ton fils ? Il est dans quelle katibat?" Et quand je lui ai dit le nom de la katibat, il a renvoyé tout le monde."

Azdyne Amimour : "je suis entré dans le bureau de l'émir, il m'a embrassé et il m'a dit : "votre fils est dans la katibat des héros". J'ai passé la nuit dans une caserne dans la ville de Jarabulus, je crois. "

Azdyne Amimour finit par voir son fils. Président : "qu'est-ce qu'il vous a dit ?" "Bah, pas grand-chose. Il avait une tenue militaire et des béquilles. Il m'a fait un sourire. On a pris la voiture, j'essayais de lui parler mais il n'y avait pas vraiment de communication."

Azdyne Amimour : "je voulais aller tout doucement avec lui, pour essayer de comprendre." Président : "vous êtes resté combien de temps avec lui ?" - en tout 4 jours. - mais vous avez discuté quand même ? - à peine. A peine, une phrase.

Président : "vous restez quatre jours sans avoir plus de précisions ?" Azdyne Amimour : "j'ai essayé de lui poser deux questions. J'ai pas eu de réponse et j'avais l'impression de l'enquiquiner" - mais vous avez compris qu'il était chez Daech ? - ah oui, bien sûr, j'ai compris !

Azdyne Amimour : "et puis un jour, il m'a dit qu'il y avait un bus qui repartait pour la frontière." Président : "qu'est-ce que vous lui avez dit en repartant ?" - bah, il n'était pas très volubile. Je lui ai demandé comme il s'était blessé, il ne m'a pas répondu.

Azdyne Amimour : "j'ai beaucoup plus communiqué avec ses collègues qu'avec lui. Je ne sais pas s'il avait reçu des instructions. Donc je lui ai dit aurevoir et je suis rentré." Président : "et vous avez continué à avoir des contacts ?" - oui, jusqu'à six mois avant les attentats.

Azdyne Amimour : "après, j'ai commencé à recevoir des messages écrit sur Skype, mais j'ai dit à ma femme "ce n'est pas lui qui écrit ça". Ça ne ressemblait pas à son langage."

Azdyne Amimour raconte une scène vécue en Syrie. "Il y avait un type sur son lit d'hôpital, il avait des fils qui pendaient". Il touche son épaule. Ça avait l'air de le gêner, j'ai voulu les enlever. Il m'a repoussé la main violemment. C'était une ceinture explosive."

Azdyne Amimour : "j'ai vu une vidéo où il disait aux gens d'aller faire le djihad, d'agresser les gens avec des pierres. J'ai vu cette vidéo, j'ai essayé de l'éviter mais bon ..." Président : "vous ne l'avez pas vu en train de s'en prendre à un prisonnier ?" Non. 1/2

Azdyne Amimour : "mais Georges Salines [père de Lola, tuée au Bataclan] avec qui j'ai fait un livre m'a parlé d'une autre vidéo" Président : où on voit votre fils et d'autres décapiter des otages. - ça, je l'ai appris par Georges. Je n'étais pas au courant. Et je ne l'ai pas vue.

Azdyne Amimour semble physiquement éprouvé. "Vous voulez une chaise ?" Il accepte. Le président revient à la charge : "vous passez quatre jours, votre fils ne veut pas communiquer quoi que ce soit. Qu'est-ce que vous pouvez espérer ?" "Je voulais garder le contact".

Azdyne Amimour se trouve en Syrie au moment où le califat est proclamé, le 29 juin 2014. Il repart deux jours après : "j'étais soulagé, j'avais peur qu'on ne me laisse pas repartir."

Président : "on essaye de comprendre ..." Azdyne Amimour : "moi-même, là-Bas, j'essayais de comprendre. Il a été complètement lobotomisé. J'ai essayé de l'égayer avec le foot, ça n'a pas marché. J'ai essayé autre chose, non plus. Et puis j'étais épuisé, malade."

La 1ere assesseure revient sur la première interpellation de Samy Amimour en octobre 2012. Azdyne Amimour : "ma femme et moi, on a été menottés dos à dos. J'ai demandé : c'est des affaires de dealer? On m'a dit : non, c'est plus grave que ça."

Azdyne Amimour : "après sa garde à vue, il nous a invité au restaurant. Et nous a dit qu'il avait été interpellé parce qu'un copain à lui avait hébergé quelqu'un qui était fiché." La 1ere assesseure précise que des fichiers djihadistes ont été retrouvés dans son ordinateur.

1ere assesseure : "il a été placé sous contrôle judiciaire ..." Azdyne Amimour : "oui, on lui avait pris son passeport. C'est après que j'ai appris qu'il avait fait une déclaration de perte et demandé un nouveau." - et c'est avec ce nouveau passeport qu'il est parti en Syrie"

1ere assesseure : "il a travaillé comme chauffeur de bus à la RATP, à quelle époque ?" Azdyne Amimour : "je ne connais pas les dates exactes. Il a travaillé environ un an. Et puis il a arrêté, il m'a dit qu'il avait pris une année sabbatique. Mais on ne pouvait rien faire."

Azdyne Amimour au sujet de son voyage en Syrie pour tenter de récupérer son fils : "moi j'avais espoir qu'il revienne, que quand il me voie, il change d'avis. Mais je pense qu'ils l'ont tellement impliqué qu'il ne pouvait plus faire marche arrière."

2e assesseure : comment votre fils que vous décrivez comme gentil garçon a pu égorger des prisonnier puis tirer sur tout le monde au Bataclan ? Vous dites qu'il est influençable mais vous n'avez pas réussi à l'influencer Azdyne Amimour : je n'ai jamais voulu brusquer mes enfants

Une assesseure revient sur le fait qu'aux dates où Azdyne Amimour a affirmé être en Syrie pour récupérer son fils (à la fin juin 2014), il y avait "des combats avec l'Etat islamique, les kurdes : vous n'avez rien vu ?" Azdyne Amimour : "rien du tout. Les magasins étaient ouverts"

L'avocate générale revient sur le fait qu'Azdyne Amimour a déclaré au Monde avoir été en Syrie pour récupérer son fils, puis le contraire à la DGSI. "Vous êtes en garde à vue au lendemain des attentats dans lequel votre fils est impliqué, on imagine les raisons de ce mensonge..."

Azdyne Amimour : "c'est un refus de communiquer. Le procureur m'a dit brutalement : "votre fils est mort et je vais vous garder encore". J'étais choqué". Avocate générale : "non, monsieur, vous avez menti avant la prolongation de garde à vue qui s'est mal passée"

Azdyne Amimour évoque une vidéo que son fils lui a montrée en Syrie : "on voyait un officier prisonnier. Ils obligent son fils à creuser une tombe, il était mineur. Et puis on le voit décapité. Cette vidéo m'a bouleversée".

Azdyne Amimour explique qu'il y a 8 mois, il a appris d'un avocat que sa petite-fille était en vie. Cet enfant est né en Syrie après les attentats du 13 novembre 2015 et donc le décès de son père Samy Amimour au Bataclan. Azdyne Amimour aimerait la retrouver, dit-il.

Me Aude Rimailho (PC) : "vous savez d'où vient la fragilité psychologique de votre fils que vous et votre épouse évoquez ?" Azdyne Amimour : "je ne sais pas s'il s'est trouvé mal entre deux sœurs. Il a aussi une cousine qui s'est suicidée, mon épouse dit que ça l'a travaillé."

Azdyne Amimour : "j'étais croyant mais pas pratiquant. Mais je me suis mis à prier pour lui [son fils Samy, ndlr] pour espérer, en l'accompagnant pouvoir mieux le contrôler. Mais Samy n'était pas stable, il y avait une mauvaise influence autour de lui."

Azdyne Amimour au sujet de la radicalisation de son fils Samy : "je culpabilise souvent. Et je n'arrive pas à comprendre moi-même. Je n'ai pas eu le millionième de ce que lui a eu. On fêtait Noël, il avait des cadeaux. Je n'ai pas eu tout ça, moi. Je ne comprends pas."

Sur question de Me Dewavrin (PC) sur la manière dont le départ de Samy Amimour a été discuté au sein de la cellule familiale, Azdyne Amimour reconnaît que "la communication dans la famille n'est pas très très riche. J'aurais aimé communiquer plus avec ma fille par exemple."

Les questions des avocats de parties civiles se multiplient : sur la durée de son séjour en Syrie, ses relations avec son fils etc. Mais Azdyne Amimour y a déjà assez largement répondu. Et n'a pas beaucoup plus d'éléments à fournir à la cour.

A nouveau interrogé sur son séjour en Syrie aux côtés de son fils, Azdyne Amimour explique qu'il n'a eu qu'un seul instant en tête-à-tête. "J'en ai profité pour lui donner la lettre [de sa femme, ndlr] pour tenter de l'adoucir un peu car c'était une belle lettre, intelligente."

Azdyne Amimour : "dans l'enveloppe, j'avais glissé un billet pour aller ou restaurant ou je ne sais pas quoi. Quand il est revenu [après s'être retiré pour aller la lire], il m'a rendu le billet et il a gardé la lettre."

Devant une nouvelle question de parties civiles, le président s'agace un peu : "si on pouvait poser de nouvelles questions. Car les techniques d'interrogatoires, je connais un peu. Or, je lui ai moi-même déjà posé cette question et je ne pense pas que la réponse sera différente".

Face à une nouvelle question sur les dates de présence d'Azdyne Amimour en Syrie, le président s'agace encore : "cela fait trois heures que ce témoin est entendu. J'ai moi-même posé cette question, madame l'assesseure est revenue sur la question. C'est bon là ..."

Une avocate de partie civile évoque "vous avez vécu 4 ans en Jordanie dans les années 1960, vous avez été en Syrie. Je voudrais savoir ce qui n'a pas fonctionné dans la transmission que vous auriez pu faire à votre fils au sujet de la Syrie ?" Le président s'agace encore ...

"Ah encore une question de partie civile", soupire le président. Puis assure "oui, oui, vous aurez la suspension. On y pense. On y pense tous ..."

Fin de l'audition d'Azdyne Amimour. L'audience est suspendue un instant avant l'audition de Maya Amimour puis du père du terroriste Ismael Mostefai.

L'audience reprend pour l'audition de Maya Amimour, sœur Samy Amimour. "J'ai 28 ans. Je suis accompagnatrice d'enfants en maternelle" Le président rappelle : "vous êtes mise en examen dans le cadre d'une autre procédure donc ne vous posera pas de questions à ce sujet"

Maya Amimour : "je n'étais pas du tout au courant de ce qui allait se passer. J'avais interdiction d'être en contact avec lui depuis mars 2015. Mon frère était quelqu'un d'introverti, de très timide. Avant qu'il parte, on n'avait pas trop de contacts lui et moi. C'était cordial"

Maya Amimour : "mon frère a toujours été très distant avec moi jusqu'à ce qu'il s'en aille. Mais à part le fait qu'il avait changé de tenue et que la mosquée était devenue son quotidien, il n'y avait rien qui m'indiquait qu'il s'était endurci dans la religion".

Président : "il part en Syrie en septembre 2013, que dit-il à ce moment-là?" Maya Amimour : "Il avait dit qu'il partait dans le sud. Ma mère trouvait ça étonnant mais elle s'est dit que ça lui ferait du bien. Il avait dit qu'il partait une semaine. Et puis ça se prolongeait."

Maya Amimour : "il y a un manque de communication chez moi qui a toujours été présent. Chaque sujet est tabou." Président : "quand avez-vous su qu'il était en Syrie?" - je l'ai su par après, mais un peu par hasard, par des amis à moi.

Président :"vous aviez des contacts quand il était en Syrie ?" Maya Amimour : "oui, par Skype. Mais, il nous parlait surtout d'animaux. C'était pas un discours guerrier en fait. Ça s'est fait au fil des mois, il disait qu'il allait s'entraîner dans les montagnes"

Maya Amimour : "et puis il m'envoyait des PDF sur la manière de bien se comporter en islam. Je lui disais que je les avais lu pour ne pas le froisser. Je ne voulais pas qu'il se vexe parce que j'étais le seul contact direct avec lui."

Président : "est-ce qu'il vous parlait d'un retour possible ?" Maya Amimour : "j'avais osé un jour lui poser la question et il m'avait dit "non, je ne compte pas revenir, ma vie est terminée là-bas. Je reste ici". - Il vous avait dit qu'il avait des armes ? - oui

Président : "votre père a tenté de le ramener ?" Maya Amimour : "oui, c'était à l'été 2014. Il est allé en Syrie" - et qu'est-ce qu'il vous a dit ? - rien du tout parce qu'il est rentré épuisé, il est resté plus de 20 jours alité. Et après, on n'en a plus reparlé.

Président : "votre frère était assez autoritaire avec vous ?" Maya Amimour : "pas spécialement autoritaire, mais c'était une figure que je respectais beaucoup." - il vous parlait beaucoup ? - j'ai beaucoup plus parlé avec lui à cette période-là que pendant toute mon adolescence

Le président évoque une vidéo dans laquelle Samy Amimour décapite un otage. "Vous avez une explication à cette dérive ?" Maya Amimour : "aucune. La personne que j'ai connue en France n'a rien à avoir avec celle qu'il est devenu. Même manipulateur, il ne l'était pas à la base."

Président : "vous n'avez pas essayé de convaincre votre frère de revenir ?" Maya Amimour : "absolument pas. C'était inimaginable pour moi. Car j'avais cette peur qu'il me tourne le dos."

Maya Amimour : "j'ai grandi essentiellement avec ma mère. Je n'ai pas eu de figure paternelle présente. Mais je n'ai pas eu de manque. Ma figure paternelle c'était Samy."

La première assesseure évoque la démission de Samy Amimour de son poste de chauffeur de bus à la RATP. Maya Amimour : "moi, je n'ai su que beaucoup plus tard qu'il avait démissionné. Parce qu'il partait, il faisait sa journée".

La première assesseure lit un texte écrit par Maya Amimour sur les réseaux sociaux le jour de l'anniversaire de Samy : "chaque jour que Dieu fait tu me manques un peu plus. Je ne voulais pas me l'avouer mais chaque jour je te ressemble un peu plus : ton rire, ton sourire."

Première assesseure : "en famille, on en discute pas ? Même quand votre père revient de Syrie, qu'il l'a vu alors qu'on sait qu'il combat dans une katibat ?" Maya Amimour : "non, on n'en parle pas. Je pense que toute le monde a voulu protéger tout le monde. Et surtout ma mère."

Maya Amimour : "j'ai eu du mal à le dire à l'époque, mais aujourd'hui j'arrive à dire que j'ai été suffisamment attendrie pour qu'il me demande les services qu'il a pu me demander" En l'occurrence, l'aide qu'elle apportera à sa future épouse pour qu'elle le rejoigne en Syrie.

Me Dewavrin : "qu'avez-vous ressenti quand vous avez appris l'implication de votre frère dans les attentats ?" Maya Amimour : "J'étais très énervée. Je me suis dit : comment il a pu faire ça ? Et six ans après, je lui en veux toujours. Je me sens honteuse d'avoir le même nom."

Maya Amimour au sujet de sa mère : "elle n'est plus la même personne qu'avant. Elle regarde dans le vide ..." Mohamed Abrini se lève dans le box, très énervé : "je suis désolé d'intervenir. Mais ces gens-là sont innocents. Ils ont pas à s'excusez. Vous accusez des témoins !"

Fin de l'audition de Maya Amimour. Elle quitte la salle d'audience alors que l'huissier va chercher le dernier témoin dans la salle réservée. Il s'agit du père d'un autre terroriste du Bataclan, Omar Mostefai.

Mohamed Mostefai s'avance à la barre : "mon fils était un garçon normal. Il était correct, juste, travailleur. Il était chef boulanger chez Paul. Et on n'a rien vu de mal chez lui, que du bien."

Président :"il est parti en Syrie en septembre 2013, vous n'aviez pas remarqué de changement dans son attitude ?" Mohamed Mostefai : "non, pas du tout. Il était pratiquant, normal. Comme tous les musulmans pratiquants."

Président : "il fréquentait quelle mosquée ?" Mohamed Mostefai : "la mosquée de Beaulieu." - que vous fréquentiez aussi ? - oui - et c'était comment ? - normal - C'était pas une mosquée un peu rigoriste ? - Non, je ne pense pas.

Président : "votre fils, il s'est radicalisé à un moment donné, non ?" Mohamed Mostefai : "moi je n'ai pas vu de radicalisation." - il est quand même parti en Syrie, non ? - il nous a dit qu'il allait travailler à Dubaï. - et de la Syrie, il vous appelait ? - oui, par téléphone

Président : "monsieur, vous êtes témoin. On ne vous poursuit pas. Vous dites que vous avez su qu'il s'était radicalisé quand il était là-bas. On a toutes les raisons de penser que vous le saviez avant." Mohamed Mostefai : "je reconnais que j'aurais dû le signaler à la police."

Président : "il faisait quoi en Syrie, vous saviez que votre fils participait à des massacres ?" Mohamed Mostefai : "moi, je suis contre ça, monsieur. Je lui disais que l'islam ce n'est pas tuer les gens." - et qu'est-ce qu'il vous disait ? - il me disait : je suis bien où je suis

Le président : "vous n'avez pas pensé aller le chercher, comme monsieur Amimour?" Mohamed Mostefai : "non, moi je suis contre leurs idées. On ne pensait pas qu'il serait impliqué dans ces attentats"

Président : "comment expliquez-vous que votre fils qui est gentil se retrouve à décapiter quelqu'un avec un couteau ?" Mohamed Mostefai : "je n'ai pas la réponse. C'est barbare. Faire une chose pareille …" - et vous n'avez rien vu, rien compris ? - non rien, franchement.

La 1ere assesseure évoque le parcours d'Omar Mostefai : "il a eu trois enfants. Les deux premiers sont nés en France et le troisième en Syrie. Il fréquentait la mosquée tous les jours ?" Mohamed Mostefai : "moi aussi, je vais à la mosquée tous les jours. Je ne suis pas radicalisé"

Camille Hennetier (avocate générale) : "Votre fils part en Syrie. Puis sa femme part le rejoindre avec ses deux enfants de 1 et 4 ans ..." Mohamed Mostefai : "oui, elle a dit qu'elle allait le voir en Syrie avec les enfants et puis qu'elle revenait." - Et elle n'est pas revenue.

Avocate de parties civiles : "quelles relations aviez-vous avec votre fils ?" Mohamed Mostefai : "J'étais très proche de lui. C'était un garçon charmant. Ce qui lui a pris, je ne sais pas." - Et vous aviez beaucoup de discussions sur la religion ? - Oui, on en parlait souvent.

L'audition de Mohamed Mostefai touche à sa fin. Il veut rajouter quelques mots : "je suis désolée pour les victimes. Je suis touché parce que c'est un acte barbare. Et je leur demande pardon." L'audience est suspendue. Elle reprendra mardi à 12h30.