Procès des attentats du 13 novembre 2015 - Le Live Tweet - Semaine TREIZE

Un article de la Grande Bibliothèque du Droit, le droit partagé.


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Retrouvez sur cette page tous les tweets du procès issus des Live tweets de @ChPiret Charlotte Piret et @sophparm Sophie Parmentier ; elles suivent ce procès pour France Inter et nous ont donné l'autorisation de compiler leurs tweets dans un objectif de consultation et archivage.

(© Photo "Salle d'audience" Sophie Parmentier |Twitter)


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Semaine TREIZE

Jour 51– Mardi 30 novembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Semaine 13 au procès des attentats du 13 novembre. Toute la semaine, des enquêteurs belges en visio. En ce jour 51, cinq accusés refusent encore de comparaître : Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, Sofien Ayari, Osama Krayem, Mohamed Bakkali. En ce jour 51, on doit parler d'Abrini.

Le président Périès a fait constater ce refus par huissier, et l'audience peut démarrer, même sans ces accusés-là, mais en présence de leurs avocats pour les représenter.

Le président qui précise qu'au vu des mauvaises nouvelles sanitaires, le port du masque est plus que jamais obligatoire. Même pendant les questions des avocats, qui l'ôtaient jusqu'alors le temps de leurs questions.

La cour d'assises établit la connexion avec la Belgique. Un enquêteur apparaît sur grand écran, costume, cravate, masque, ordinateur. Trois personnes avec ordinateurs autour de lui.

L'enquêteur n° 441.157.616 démarre par une citation. "De A à Z, de A comme Abrini, à Z comme Zaventem", nom de l'aéroport où Mohamed Abrini a poussé un chariot avec une bombe avant d'abandonner son projet kamikaze lors des attentats de Bruxelles le 22 mars 2016.

L'enquêteur explique que cette citation est de Mohamed Abrini devant la juge Panou, juge belge qui a mené toute l'enquête à Bruxelles.

L'enquêteur lit mot à mot. Me Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini demande la parole pour rappeler à la cour que c'est un problème de lire mot à mot à un procès d'assises où le principe est l'oralité des débats. On peut s'appuyer sur des notes, pas plus.

Et l'enquêteur reprend. Il semble lire mot à mot. Sans se détacher de son texte.

L'enquêteur rappelle que le petit frère de Mohamed Abrini, Souleymane Abrini est parti en Syrie. Il y est mort d'une balle dans la tête. Mohamed Abrini était en prison en Belgique quand il a appris sa mort.

L'enquêteur présente des messages d'une fiancée de Mohamed Abrini. Quelqu'un demande à la fiancée comment ça va avec lui. Elle répond à son interlocuteur : "parle bcp de jihad… lol" (sic)

Puis il montre des messages entre Mohamed Abrini et sa fiancée. Le 15 novembre 2014, il écrit : "je vais me battre pour la cause du tout puissant... et le prix à payer c’est lesser sa vie..." (sic)

L'enquêteur parle du départ du petit frère, qui fréquentait la mosquée Loqman. Souleymane Abrini part pour la Syrie le 7 janvier 2014. Alors que son frère Mohamed est en prison.

L'enquêteur explique qu'on le voit apparaître dans la vidéo sur laquelle Abaaoud (coordonnateur des attentats) conduit un pick-up et tracte en riant des cadavres. Souleymane Abrini apparaît masqué à l'image. Vidéo de 2014.

Souleymane Abrini mort au combat en Syrie, le 4 août 2014. Mohamed Abrini était encore en prison, en Belgique.

L'enquêteur parle des vidéos que regardait Mohamed Abrini avec d'autres au café Les Béguines, le café de Brahim Abdeslam. En 2016, lors d'une audition, Abrini se présentait aux enquêteurs comme "un bon Belge"

Lors d'une autre audition, en 2018, il reconnaissait l'impact de ces vidéos. Disait avoir eu les larmes aux yeux en regardant la vidéo d'une femme qui se faisait violer et appelait au secours.

Abrini disait que tout son quartier était en Syrie, ses amis. Disait qu'au café Les Béguines, tout le monde regardait des vidéos de propagande de Daech

L'enquêteur évoque un courrier que Abrini envoie à un cousin en prison. Comme nom d'expéditeur, Abrini a écrit : "Abou Hamza Rue du Sham n° 19 1618 Dawlat ul islam" Le Sham, mot beaucoup repris par les djhadistes. Correspond à une terre historique dans l'islam.

L'enquêteur montre un billet réservé par Mohamed Abrini le 16 juin 2015, vol Bruxelles - Istanbul.

Mohamed Abrini avait réservé un hôtel près de la grande mosquée bleue à Istanbul.

Mohamed Abrini arrive en Turquie le 23 juin 2015. Achète un numéro turc. L'enquêteur pense que c'est ensuite qu'il aurait passé la frontière syrienne. Mais il n'en dit pas plus.

L'enquêteur pense qu'il l'a franchie avec un passeur après avoir séjourné dans une maison d'où il a appelé sa sœur le 29 juin 2015.

Lors de son audition après son interpellation en avril 2016, Mohamed Abrini avait dit que c'était "facile" de passer la frontière : "C’est un jeu d’enfant. Faut pas escalader des barbelés. En fait, vous traversez un champ de maïs et vous êtes en Syrie

En Syrie, Abrini voit Abaaoud qu'il connaît depuis 20 ans. Ils ont grandi ensemble à Molenbeek en Belgique.

Lors d'une audition ultérieure, Abrini assurait qu'Abaaoud ne lui avait pas parlé des attentats projetés le 13 novembre : "c’est comme si on disait que le braqueur fait part de ses projets à un petit voleur de poules"

Mohamed Abrini a répété que lui ne s'était rendu en Syrie que pour se recueillir sur la dépouille de son petit frère Souleymane.

En Syrie, Abaaoud lui a "demandé un service, le service c'était aller en Angleterre. Récupérer de l'argent"Abaaoud l'aurait accompagné jusqu'à la frontière syrienne et aurait donné le feu vert pour qu'il sorte. Mohamed Abrini serait resté 8 ou 9 jours en Syrie. Puis Gaziantep, puis Istanbul. Et il téléphone illico... à un numéro anglais (pour aller récupérer l'argent)

Abaaoud lui donne 2000 dollars. Abrini demande un billet pour Londres. Serait arrivé le 9 juillet, 22h15, va à l'hôtel Sofia.

Dans la nuit, il appelle un numéro. Puis va à Birmingham. Mohamed Abrini est loin d'être "fluent", il parle très mal anglais.

Abrini va loger dans un autre hôtel. Et téléphoner. En audition, plus tard, Abrini dira à la juge que les numéros turcs appelés étaient ceux de gens de EI pour faire passer un message ensuite à Abaaoud, dire que "tout était en ordre"

L'enquêteur poursuit : "Vous me demandez sans doute ce qu'il se passe à Birmingham ?"... Sans que personne ne lui ait posé la moindre question !

Abrini a expliqué plus tard en audition que l'argent lui a été remis en Angleterre quand il a dit qu'il venait de la part de Abaaoud, alias Abou Omar.

3000 livres sterling lui auraient été remis par deux individus, "dans un bois", puis Abrini quitte Birmingham, va à Manchester, fait des photos de stade. "Je vous confirme qu'il ne s'agit pas de repérage, c'est du pur tourisme", dit-il à la juge.

Abrini a assuré que ces photos de stade de Manchester n'avaient pas de lien avec des repérages avant l'attentat du Stade de France, qu'il était là à faire des photos comme un simple supporter de foot.

L'enquêteur explique que Mohamed Abrini a aussi joué au casino. Il aurait gagné des milliers de livres et au total, il aurait quitté l'Angleterre avec 7 000 euros (donnés par les deux individus et le casino...)

Et Abrini quitte l'Angleterre par avion. Atterrit le 16 juillet 2015 à Paris Roissy Charles de Gaulle où Abdellah Chouaa (co-accusé de ce procès) va le chercher.

5 heures en France, et ils repartent en Belgique. Abrini dit d'abord qu'il a remis l'argent à Yassine Abaaoud (frère de Abdelhamid). Change de version et dit qu'il l'a joué au casino. Puis 3e version : dit qu'il l'a remis à Salah Abdeslam

L'enquêteur : "Mais n'est-ce pas Abdellah Chouaa qui a la bonne version ?" Chouaa avait dit que Abrini avait donné 10 000 euros en petites coupures dans une enveloppe à "Gégé" surnom de Ahmed Dahmani (co-accusé de ce procès 13 novembre détenu en Turquie)

Dahmani aurait eu pour mission de transformer les petites coupures en grosses coupures au casino. L'enquêteur note que Dahmani s'est bien rendu au casino après la remise d'argent.

Dans la foulée, Mohamed Abrini se rend de lui-même au commissariat de Molenbeek. Le 27 juillet 2015, il leur déclare : "Je suis 100% contre les personnes en Syrie, je suis né ici et je suis content en Belgique, j’espère que cette histoire s’arrête ici".

"Ça aurait pu s'arrêter là", commente l'enquêteur, "quatre mois avant le 13 novembre 2015 L'enquêteur qui parle "d'engrenage".

Plus tard, Abrini avait avoué à propos de ce qu'il avait dit à la police de Molenbeek : "Je leur avais dit un tas de conneries, que j’avais perdu mes affaires, je ne sais plus quoi d’autre, ce que je leur avais raconté..."

Abrini qui avait encore déclaré : "Jamais de la vie un gars comme Abaaoud va revenir en Belgique et commencer à chercher, lui quand il arrive tout est prêt".

On passe aux questions de la cour. Parmi lesquelles : pourquoi passer par Paris au retour d'Angleterre ? L'enquêteur note que les explications de Abrini peu claires. Ne pas perdre l'argent anglais sachant qu'il redoutait d'être attendu par les policiers belges ?

L'enquêteur note que durant son périple, Abrini a été en contact régulier avec Abdellah Chouaa (co-accusé de ce procès, qui comparaît libre)

Autre hypothèse, ils auraient eu rendez-vous avec quelqu'un à Paris ? Reda Hame ? Hame que Abaaoud voulait recruter pour un attentat projeté dans une salle avec du monde. Hame interpellé été 2015 et qui a tout confié à la DGSI, qui passe alors en alerte maximale contre Abaaoud...

Après une suspension, l'audience allait reprendre pour la suite des questions. Mais le président annonce qu'un des accusés n'est pas revenu dans son box, l'accusé Farid Kharkhach se sent "fatigué" dit le président Périès.

Me Fanny Vial, avocate de Farid Kharkhach, se lève pour préciser : "Il ne s’agit pas d’une fatigue, c’est un état de santé qui se dégrade, il s’en excuse auprès de votre cour".

Et donc l'audience est à nouveau suspendue. La cour est partie à la recherche d'un huissier pour constater le refus de comparaître. La liaison avec la Belgique est momentanément interrompue.

Une grosse heure plus tard, la cour revient. Kharkhach vient finalement de réapparaître dans son box. Le président Périès : "Bien, donc Monsieur Kharkhach accepte de comparaître, on a perdu une heure et demie pour pas grand-chose finalement"...

Son avocate Me Fanny Vial accepte ce revirement. L'huissier ne pouvait apparemment préciser qu'il refusait de comparaître pour raisons de santé. Or l'accusé Kharkhach tenait à cette précision, ne voulant être associé aux 4 autres "déserteurs" de box.

Le président Périès reste passablement agacé par ce revirement. Me Fanny Vial : "Il ne peut être tenu pour coupable". Président : "La prochaine fois, il prendra une décision plus rapidement, on a perdu une heure et demie, c'est pas moi, c'est tout le monde"

Un avocat général du Parquet National Antiterroriste a des questions. Dont celle-ci : les raisons du départ d'Abrini en Syrie. Abrini avait dit à la juge Panou qu'il était parti "nonante-cinq %" pour voir la dépouille de son frère Souleymane, "5% pour combattre".

L'enquêteur s'emmêle entre deux noms. Et bafouille : "excusez-moi j'ai des problèmes avec les noms et les numéros de téléphone !"

Me Chemla, avocat de parties civiles revient sur l'audition de Abrini par les policiers à son retour de Syrie en 2015. Il y va en ayant effacé en partie son téléphone. Me Chemla : "Il s'est moqué de vous" L'enquêteur, embarrassé : "Tout à fait"

Me Chemla demande pourquoi on ne le replace pas en garde à vue ? L'enquêteur : "on attend pour avoir des charges"

Me Constance Dewavrin a des questions sur le suivi de Abrini. Pourquoi il n'y a pas eu d'écoutes depuis juillet et son retour de Syrie ? Enquêteur : "Avant de placer quelqu'un sur écoute, faut d'abord connaître son numéro d’appel". L'écoute commence début novembre.

Me Constance Dewavrin : "Il y a beaucoup de gens qui ont besoin de comprendre"

Me Constance Dewavrin qui est avocate de parties civiles.

Puis Me Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini, se lève. Elle lit la fin de la déclaration à la juge Panou, après que Abrini a dit être parti à 95% pour la dépouille de son frère, 5% pour combattre, mais "la colère" se mêlait et il fait demi-tour de Syrie

L'enquêteur qui vient de parler plusieurs heures d'Abrini a donc uniquement parlé d'actes faits par ses collègues.

Me Violleau interroge l'enquêteur sur la possible rencontre avec Reda Hame lors des quelques heures à Paris en juillet 2015 ? Il confirme qu'il n'y a finalement pas de lien possible. "Six ans après, on ferme une porte", triomphe l'avocate.

Me Violleau demande s'il sait si les Anglais ont ouvert une enquête contre Abrini pour les photos prises au stade de Manchester ? Enquêteur : "pas à ma connaissance"

Me Violleau : "On est d'accord que les repérages en Angleterre étayés par aucun élément matériel"

Me Violleau : "Est-ce que vous savez combien il y avait de francophones en Syrie au moment où Abrini y était ?" Enquêteur : "Aucune idée. 100 ?" A l'époque, plusieurs centaines de Belges. Plus d'un millier de Français.

Fin de l'audience, jour 51, au procès des attentats du 13 novembre. Compte-rendu web franceinter à suivre.

Jour 52 – Mercredi 1er décembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Jour 52 au procès des attentats du 13 novembre. D'autres enquêteurs belges entendus aujourd'hui. Sur le commanditaire présumé Oussama Atar, présumé mort en Syrie. Et les accusés Osama Krayem et Sofien Ayari. Dans le box, encore des accusés qui refusent de comparaître aujourd'hui

Enquêteur 447.761.902 : "A la grosse louche, 380 pages de PV, 30 auditions". Il se dissimulait sous plusieurs identités. Son nom de guerre, sa kounya : Abou Omar.

Le 28 mars 2016, les enquêteurs mettent en évidence le lien entre une fausse identité et Osama Krayem.

Enquêteur 447.761.902 : "Osama Krayem est Suédois". L'enquêteur montre une carte de la Suède, "vous voyez, enfin, j'y connais rien en Suède, j'y ai jamais été, c'est juste des photos google". Osama Krayem vient de la ville de Malmö.

Osama Krayem a deux sœurs. Disait que le quartier "influence". Que son quartier l'avait donc influencé.

Enquêteur 447.761.902 : "Osama Krayem aurait changé vers 2011-2012. Il disait que l'islam dictait sa vie"

L'enquêteur 447.761.902 lit le témoignage d'un ami qui disait "quand je l'ai vu devenir religieux, je me suis dit tant mieux, il va sur le chemin de la paix".

L'enquêteur 447.761.902 : "Le 25 avril 2016, Osama Krayem disait que quand l'EI applique la charia, il est d'accord"

L'enquêteur 447.761.902 cite des auditions d'Osama Krayem : "Tant qu’il y aura des bombardements contre l’EI il y aura des attentats, il y aura des ripostes de l’EI, ils vont pas offrir des chocolats".

Osama Krayem a encore dit en audition... : "Si personne n’était venu faire du mal en Syrie, personne ne serait venu frapper la France"

Dans une autre audition, Osama Krayem reconnaît que EI vend des esclaves. Dit qu'il est "contre ça". "Mais j’adhère à Daech de manière inconditionnelle, même si je ne suis pas d’accord avec tout"

Autre audition encore citée par l'enquêteur : "le fait de tuer des gens, pas un plaisir, mais une réaction."

Osama Krayem est parti en Syrie en août 2014. Il dit que ce n'était pas pour combattre mais "pour aider". Ajoutait qu'il avait de la famille là-bas. Débat sur son père : Syrien ou né dans un camp de réfugiés en Palestine ?

En Syrie, il se souvient avoir passé des rails. Sur place, on lui aurait demandé si combat ou aide humanitaire. Il aurait été envoyé à Raqqa pour distribution alimentaire.

Puis Osama Krayem a eu un test écrit : "êtes-vous prêt à tuer quelqu'un ? Ces tests se font un peu partout dans des camps". Avant, il avait eu entraînement et cours religieux.

Osama Krayem expliquait que c'était pour être sûr que la personne vient se battre, a compris les enjeux de cette guerre.

Après sa formation, il a fait du guet, "pour guetter, et surveiller, faire le guet avant de lancer l'offensive". Il aurait fait des missions de surveillance autour de l'aéroport. Lors d'une mission, torsion au genou et il a refusé d'être opéré.

Puis il serait parti à Raqqa, aurait acheté un appartement, aurait ensuite bossé pour la police religieuse.

En février 2015, Osama Krayem dit à son frère (il a un frère et deux sœurs) : il lui dit qu'il a failli mourir alors qu'une douzaine de fusées sont tombées sur sa position, à Raqqa.

Et l'enquêteur en vient à l'exécution barbare du pilote jordanien, brûlé vif dans une cage. Vidéo que la cour a déjà vu - effroi dans la grande salle d'audience. Ici, l'enquêteur veut montrer comment on apprend que Krayem a assisté à cette exécution.

Osama Krayem écrit à son frère, demande s'il a vu une vidéo, avec un homme "grillé" ? A sa sœur, il parle de "sourcil. Indice qui guide les enquêteurs. Ils auscultent chaque combattant assistant à l'exécution. Tous encagoulés. Un sourcil ressemble à ceux de Krayem.

Krayem qui lors d'une audition de mai 2018, dira qu'il n'était pas présent lors de la capture du pilote, qu'il était arrivé sur la scène de l'exécution sans savoir ce qui allait se passer exactement. Mais "je savais qu'il allait se passer quelque chose"

Il dira qu'il ne savait pas que ce serait filmé. Qu'on leur aurait donné des tenues de combattants sur place pour assister à l'exécution filmée. Il dit qu'il y avait des émirs sans doute lors de cette exécution.

En juin 2018, on lui demande ce qu'il a ressenti lors de l'exécution du pilote jordanien. Osama Krayem déclarait : "Il n’était pas obligé de monter dans son avion".

Osama Krayem déclarait lors de cette même audition : "Je n’ai pas d’opinion à donner contre l’islam, je suis l’islam. Dans EI, si un jugement est donné par rapport à une personne, faut exécuter le jugement, c’est tout".

L'enquêteur explique qu'il y a suspicion d'autres vidéos EI dans lesquelles apparaîtrait Osama Krayem. Mais il dit qu'il n'apparaît que dans une seule vidéo, celle du pilote jordanien."Je vous assure que je ne suis que sur cette vidéo"

L'enquêteur explique qu'en avril 2015, Osama Krayem aurait partagé un logement avec Abou Mohammed Al Adnani, ex-n°2 EI, chef des opérations extérieures. Dans la même maison pendant 4 jours. Krayem l'avait écrit à sa sœur.

Et Krayem écrivait sur Al Adnani, à sa sœur : "Quand tu es assis avec lui, c'est une personne tout à fait ordinaire"

Lors d'une audition de 2019, Krayem disait que pas une rencontre particulière avec Al Adnani, une rencontre fortuite, "coïncidence", alors qu'il venait dans la maison des blessés, où était Krayem avec son genou convalescent.

A cette époque, en avril 2015, Krayem écrit à sa sœur qu'il s'ennuie dans cette maison pour blessés, va parfois à la mosquée, s'entraîne aussi au tir. Puis il va prendre part à la confection d'engins explosifs.

Et lors d'une audition, Krayem a avoué avoir participé à la fabrication d'engins explosifs destinés à détruire des blindés. Il disait encore : "Je suis capable de brancher un détonateur sur du TNT". Se disait incapable de fabriquer du TATP.

Krayem expliquait que dans cette usine d'explosifs, on fabriquait de la poudre, "on laissait tourner comme dans un moulin" pour du café, mais "ça faisait de la poudre grise".

En juin 2015, Krayem écrivait à sa sœur qu'il se préparait à une opération suicide.

Krayem a ensuite confié aux enquêteurs qu'il avait eu le projet d'une opération martyr en Irak.

Krayem qui expliquait ainsi son envie de mourir en martyr en ce printemps 2015 : "J'étais fatigué. J'avais envie de quitter cette vie. J'avais un genou déboîté, je ne pouvais rien faire, je ne pouvais plus combattre"

En mars 2015, Osama Krayem dit à son frère qu'il va peut-être aller faire la guerre. Et demande de l'argent. Son frère qui l'admire.

Osama Krayem qui écrivait à son frère : "Les mécréants sont nos ennemis. Haïs-les mais ne le montre pas".

Osama Krayem écrit à sa famille que des soldats PKK sont venus en Syrie. Ont été tués. "On n'allait pas leur jeter des fleurs et des chocolats", écrivait Krayem qui disait aussi : "J'aurais pu tuer des civils en Suède, n'étais pas obligé de venir ici pour tuer"

Krayem qui écrivait encore pour justifier son idéologie : "Des gens sont violés et des musulmans sont tués, est-ce que je vais jouer au foot et manger des chips ?"

L'enquêteur montre des photos de Osama Krayem en habit de combattant. Avec radio. Et aussi index levé vers le ciel.

Et l'enquêteur 447.761.902 évoque maintenant Sofien Ayari. Né en 93. Arrêté le 18 mars 2016, en même temps que Salah Abdeslam.

Quatre jours après leur arrestation, les derniers membres de la cellule franco-belge déclenchaient les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles.

Pendant que l'enquêteur parle de Sofien Ayari, Ayari écoute dans son box. Après avoir refusé de comparaître pendant trois jours, il est revenu aujourd'hui.

Ayari a un frère et deux sœurs. Ne se considère pas comme "radical". Ses parents l'ont vu changer en 2013-2014. Port du qamis. Se rendait fréquemment à la mosquée. Mais pas de signes d'extrémisme selon les parents.

Ayari habitait en Tunisie. Il avait dit à son père qu'il partait en Turquie pour le travail une semaine. Sofien Ayari travaillait dans le prêt-à-porter, et savait qu'il ne reviendrait pas au bout d'une semaine.

Et au bout d'une semaine, Sofien Ayari appelle ses parents pour leur dire qu'il a la grippe. Nous sommes alors en décembre 2014. Deux mois plus tard, il appelle sa mère pour lui annoncer qu'il est en Syrie.

Sofien Ayari dit qu'avant son départ, il avait regardé des vidéos. Il voulait "faire quelque chose contre ce régime criminel qui rase des villes entières, des femmes et des vieux"

Sofien Ayari a dit aux enquêteurs qu'il s'était rendu compte trop tard que sa famille lui manquait. En Syrie, il dit qu'il a choisi d'apprendre la religion, assure qu'il n'a pas appris le maniement des armes ni des explosifs.

Sofien Ayari assurait qu'il n'a rencontré personne d'important en Syrie, était loin des combats et assurait avoir été malade pendant une partie de l'année passée là-bas.

Sofien Ayari disait en 2017 à la juge belge que l'EI, "c'est pas des anges" mais qu'ils essayent de faire de leur mieux dans un milieu de guerre"

Au sujet des attentats du 13 novembre, en avril 2016 Sofien Ayari refusait de répondre. Puis disait "je vous dis que vos avions bombardent des innocents et que tout le monde s'en fout"

L'enquêteur, soudain : “Ah Monsieur le président, mon technicien m’informe que dans 4 minutes, on doit interrompre la connexion, on a un délai de deux heures après on recommence !” Président : "Ah ! A tout de suite alors" Et le policier belge raccroche et rappelle.

Et le policier montre des photos. Des clichés de Sofien Ayari en qamis clair. Puis une autre avec une casquette américaine, et tout sourire, avec un bébé dans les bras. Le bébé aux chaussures vertes serait son fils.

L'enquêteur montre aussi une photo de Sofien Ayari avec une cicatrice. Il aurait pu être lié à des opérations antiterroristes en Afrique noire. Et on lui aurait finalement demandé de rentrer en Belgique en passant par la route des migrants. Et "de tuer des mécréants"

Et l'enquêteur parle du retour. Evoque Omar Darif, longtemps appelé Ahmad Alkhald. Considéré comme l'artificier en chef des attentats

Darif, Krayem et Ayari ont quitté la Syrie en septembre 2015 et ont rejoint la Belgique le 3 octobre 2015.

Ayari dit qu'il n'a pas quitté la Syrie pour rentrer en Tunisie car sinon c'est "la prison direct". Il assure ne pas avoir vu Abaaoud en Syrie.

Krayem lui dit qu'il aurait été déçu en partie par EI, car des gens qu'il admirait auraient été critiqués par EI. Mais l'enquêteur rappelle qu'en novembre 2016, il se considérait encore comme "un soldat de Daech", "inconditionnel".

L'enquêteur cite une audition d'avril 2016. Krayem déclarait avoir quitté la Syrie avec un faux passeport à 50 dollars.

Deux mois plus tard, une autre audition, Krayem livre la même histoire du faux passeport acheté à un passeur, et cette fois il dit que ça lui a couté 500 dollars.

Autre audition encore, en 2018, il dit qu'il a acheté son faux passeport syrien en Turquie, à Izmir.

Osama Krayem a fini par avouer : "Je ne disais pas la vérité"

Enquêteur : "Le 17 septembre 2015, il y a la création du profil Facebook attribué à Osama Krayem. Censé activer le téléphone d'Omar Darif"

18 septembre 2015, Krayem en Turquie. 20 septembre, Krayem et Ayari et Darif sur l'île de Leros en Grèce.

Du 21 au 25 septembre, profil FB de Krayem en Grèce.

Le 23 septembre, Omar Darif réserve trois tickets pour une traversée île de Leros - port Le Pirée. Avec des noms d'alias.

23 septembre, recherches sur profil Krayem sur Autriche / Vienne / et retrait d'argent.

1er octobre : Krayem et Ayari enregistrés par les Allemands. 2 octobre : profil FB de Darif en Allemagne. Nuit du 2 au 3 octobre : réservation hôtel pour deux chambres, 3 personnes.

Puis le 3 octobre 2015, Salah Abdeslam les aurait récupérés. Ulm. "C'est là qu'ils auraient reçu leurs fausses cartes d'identités pour entrer en Belgique"

Et l'enquêteur lit des auditions de Krayem. Qui disait qu'il n'avait jamais vu Sofien Ayari en Syrie avant "l'île militaire"

En 2016, on demande à Krayem qui est Darif ? Krayem répond qu'il avait cru comprendre que Ibrahim El Bakraoui (cousin du commanditaire / opérationnel en Belgique) attendait Darif qui "devait expliquer la fabrication des explosifs et repartir. C'était l'artificier"

Et l'enquêteur montre à l'écran les fausses cartes d'identité remises par Salah Abdeslam

Me Ronen, avocate de Salah Abdeslam se lève pour protester : "ça fait un moment que je demande la parole, on est sur une présentation censée aller jusqu'à Ulm, on n'est pas censé parler de Salah Abdeslam aujourd'hui, ces questions je les réserve pour février"

Ce procès  est tellement énorme qu'il a été découpé avec un planning très séquencé. Chaque témoin, enquêteur, n'a la parole que pour des accusés précis, sur des périodes précises, des points précis. Salah Abdeslam ne devait donc pas être abordé aujourd'hui.

Après une courte suspension, l'audience reprend. Le président Périès : "Vous m'entendez à Bruxelles ? Je vous vois mais ne vous entend pas !" Dans l'écran, un silence, puis "allô allô ?" Et la cour entame ses questions.

La cour a peu de questions et passe la parole au PNAT. L'avocate générale interroge sur la rencontre Krayem / Al Adnani (ex-numéro 2 de EI) en 2015. L'enquêteur note que c'est frappant que Krayem ait dit à la juge Panou que impossible pour lui de rencontrer cadres EI…

… Mais Krayem se vantait dans des messages à sa soeur d'être dans la même maison que Al Adnani pendant quatre jours en ce printemps 2015...

Parmi les questions des avocats de parties civiles, celle de Me Chemla qui met en exergue la différence d'attitude dans les réponses de Krayem et Ayari.

L'enquêteur répond que Krayem a davantage parlé, mais seulement quand on lui mettait des éléments sous le nez, "sinon il n'aurait pas parlé du pilote jordanien". Ayari n'a presque rien dit de la Syrie

Me Maalaoui, avocat de Sofien Ayari, demande quels éléments pour affirmer que son client a combattu en Syrie ? Enquêteur : "à part les photos avec des cicatrices et sa famille qui dit qu'il avait intégré des combattants, je n'ai pas de profil Facebook..." de lui en combattant...Et Me Maalaoui s'énerve évoquant des propos qu'on attribue à son client Sofien Ayari, "mais c'était dans quelle audition ?" L'enquêteur ne peut pas répondre.

Me Maalaoui, agacé, par cette non-réponse est un problème dit que son client encourt une peine très lourde, "et avoir des enquêteurs qui nous parlent avec une telle légèreté !" Le président Périès le coupe. "Ça c'est les plaidoiries, Me !" Me Maalaoui : "Oui mais c'est important"

Le président Périès : "C’est important mais c’est pas le moment ! On en est aux questions-là !"

Me Gultaslar, autre avocat de Sofien Ayari, se lève à son tour, enlève son masque. Président Périès : "Sans vous commander, si vous pouviez remettre votre masque, peut-être vous n'étiez pas là hier quand je l'ai dit..."

Hier, le président Périès a demandé que chacun garde son masque en permanence, même pour les questions, ce qui n'était pas le cas avant, mais vu la situation sanitaire...

Le président Périès : "Je voudrais éviter qu’il y ait un cluster dans cette salle ! Alors qu’on a déjà fait trois mois d’audience. Ce serait un peu ballot de renvoyer !"

Me Durand-Poincloux, avocate de Osama Krayem arrive avec sa question percutante : le policier a dit que Krayem avait passé 4 jours avec Al Adnani dans une maison en Syrie. Elle s'étonne.

L'enquêteur : "Je ne suis pas traducteur". Silence. La brillante avocate a fait mouche. Si sa traduction est la bonne, ça change les choses sur cette rencontre.

Ainsi s'achève ce 52e jour d'audience. Demain, le même enquêteur belge viendra parler de Oussama Atar, accusé présumé mort en Syrie, commanditaire des attentats du 13 novembre.

Jour 53 – Jeudi 2 décembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Jour 53 au procès des attentats du 13 novembre La cour va entendre l'enquêteur belge qui était déjà en visio hier. Aujourd'hui il va parler de Oussama Atar, commanditaire présumé mort en Syrie. On va aussi parler de ses cousins, les frères Bakraoui, "opérationnels" en Belgique.

En ce jour 53, 5 accusés refusent de comparaître : les accusés Abdeslam, Abrini, Krayem, Bakkali et Ayari. Sofien Ayari était revenu hier pour entendre parler de lui, mais boude à nouveau le box. Tous protestent contre les enquêteurs belges en visio.

L'audience démarre. Sans ces 5 accusés. L'huissier ayant constaté leur refus de comparaître.

Me AXELMETZKER demande une nouvelle constitution de parties civiles. Pour une association contre les crimes de masse et une autre pour le soutien aux victimes. Il parle des yézidis. Mais le PNAT estime qu'elles ne peuvent pas forcément se constituer.

Les règles pour se constituer parties civiles sont très strictes. La cour tranchera à la fin du procès 13 novembre D'ici là, la Cour de cassation, saisie pour faire évoluer le périmètre de ces constitutions, se sera prononcée et il y a aura peut-être une nouvelle jurisprudence.

Pour l'instant, certaines personnes qui voudraient se voir reconnues comme victimes sont considérés comme des "témoins malheureux". Par exemple quand ils n'étaient pas dans l'axe de tirs des terroristes du 13 novembre.

Le 15 février 2022, la Cour de cassation se prononcera aussi sur des victimes de l'attentat de Nice.

Concernant la demande de AXELMETZKER la cour d'assises rendra sa décision dans les jours prochains dit le président Périès.

Et il appelle Bruxelles. L'enquêteur 447.761.902 et trois personnes autour apparaissent à l'écran. C'est le même enquêteur qu'hier. Il vient parler de Oussama Atar considéré comme le commanditaire des attentats du 13 novembre. ll est présumé mort en Syrie

La photo de Oussama Atar apparaît à l'écran. Né en mai 1984. Ses parents marocains ont émigré en Belgique. Il est le 4e de la fratrie. Le 5e, Yassine Atar, accusé de ce procès Oussama Atar aussi parmi les 20 accusés mais lui est présumé mort en Syrie donc.

La scolarité de Oussama Atar, enseignement général, une classe triplée, puis un enseignement technique, 15h de chimie, d'où son surnom "le chimiste"

Oussama Atar part en Syrie dès 2000. Aurait eu un enseignement en langue arabe à Damas en 2003. Puis aurait gagné l'Irak en 2004.

Oussama Atar arrêté en Irak en 2005 à un check-point. Il avait été blessé à la jambe par une grenade et était sous une fausse identité, recherché.

Oussama Atar considéré comme un vétéran de Falloujah en Irak, comme un combattant du groupe Abou Yasihr avec Al-Adnani (ex-n°2 Daech rencontré donc en 2004). Le groupe était alors affilé à Al Qaïda.

En 2007, Oussama Atar est condamné par un tribunal irakien.

Il est alors incarcéré dans plusieurs prisons. En 2010, sa famille veut le faire revenir en Belgique disant qu'il est atteint d'une grave tumeur et a perdu beaucoup de poids.

L'enquêteur diffuse une photo d'une conférence de presse de la famille Atar. On voit Asma, la sœur, voile sur les cheveux, une photo de son frère Oussama entre les bras. Autour de la table, Me Gultaslar, qui est aujourd'hui l'avocat de Yassine Atar, le petit frère.

Et Oussama Atar revient en Belgique. 2012 et 2013. En 2013, il est arrêté en Tunisie. Retour Bruxelles. Le 6 décembre 2013, il se prend un aller-retour Bruxelles-Istanbul. Ne prend pas le vol retour. Rejoint Daech. Kounya : Abou Ahmed Al Iraqi.

La mère Atar dit qu'elle a vu un changement dans l'attitude de son fils Oussama en 2012. Il s'était aussi marié et avait eu un bébé.

On voit plusieurs photos de Oussama Atar. Certaines avec cheveux courts et petite barbe plutôt courte. D'autres avec un bonnet islamique sur la tête et une longue et épaisse barbe noire.

Puis l'enquêteur parle des liens entre Oussama Atar et les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, ses cousins. Il est allé les voir des dizaines de fois en prison.

L'enquêteur cite une audition de l'accusé El Haddad Asufi, qui évoque un changement d'attitude de Ibrahim Atar, "a changé d'attitude par rapport à l'islam", influencé par Atar.

Jusqu'alors, les frères El Bakraoui était des multi-délinquants archi connus en Belgique.

L'enquêteur revient sur l'arrestation de Adel Haddadi, un des deux co-accusés interpellés en Autriche en décembre 2015. Il désigne Abou Ahmed (alias Oussama Atar) comme "un homme dangereux"

L'enquêteur fait un petit cours sur les kounyas, les noms de guerre commence toujours pas Abou pour les hommes. Abou : père de. Quand le combattant a un enfant, Abou souvent suivi du nom de l'enfant. Sinon, du nom de son père. Le père de Oussama Atar : Ahmed

L'enquêteur évoque des auditions de Krayem, qui disait que Atar qui décidait des attentats en Europe et Al-Adnani qui "les avalisait"

Krayem disait encore que Laachraoui (un artificier des attentats du 13 novembre et kamikaze des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles) quelqu'un de très proche des émirs "qui avait torturé un otage français ou belge"

Interrogé par la cour sur plusieurs points, l'enquêteur belge dit qu'il préfère s'en "référer à mes collègues français de la DGSI", notamment sur des parcours en Syrie

Quand l'enquêteur belge, interrogé par un avocat général du PNAT dit : "je ne suis pas spécialiste en droit, vous l'êtes bien plus que moi..."

Me Chemla, avocat de parties civiles pose une question autour d'un mystérieux passeport pour Atar à son retour en Belgique en 2012. Un passeport donné contre la promesse d'être indic de la police ? Atar fut un agent double ?

L'enquêteur : "Moi je n'ai pas cette information-là"

Sur les bancs de la défense, Me Gultalsar, avocat de Sofien Ayari arrive avec des questions sur l'arrestation de Oussama Atar en Irak. 2005 ? Me Gultalsar qu'on a vu tout à l'heure lors de la conférence de presse pour le retour en Belgique de Oussama Atar en 2012.

Me Gultalsar pose sa question. Le président Périès le coupe : "ce n'est pas un contrôle des connaissances !" Me Gultalsar : "Je ne suis pas là pour cuisiner l'enquêteur mais c'est important !" Président : "Bon, M. l'enquêteur, répondez ce que vous pouvez !"

Me Gultalsar estime qu'il est "quand même cocasse que Oussama Atar arrêté pour entrée illégale en Irak par les Américains entrés de façon illégale !" Président : "Faites-le devant un autre cénacle, maître, mais pas devant la cour d’assises !"

Me Gultalsar enchaîne avec des questions autour de Cheikh Bassam / Bassam Ayachi, imam, prédicateur islamiste franco-syrien, un inspirateur du radicalisme islamique en Belgique, à Molenbeek. Le président interrompt : Ayachi pas dans le dossier d'enquête

Me Gultalsar insiste : "Cheikh Bassam apparaît dans les dossiers terroristes depuis 1996"... jamais condamné, l'avocat demande si protégé par la sûreté de l'Etat belge en somme ? L'enquêteur ne peut pas répondre. Le président interrompt l'avocat qui s'énerve.

Me Gultalsar, agacé : "Monsieur le président, si vous voulez poser les questions à ma place, je m’assieds."

Le président Périès fait un rappel à l'ordre : "Nous ne sommes pas là pour faire le procès de telle ou telle institution, on est là pour trouver des éléments, il y a eu une commission parlementaire en France, après qu’il y ait eu des failles…"

Le président Périès poursuit : "Qu’il y ait eu des failles, des trous à travers la raquette, malheureusement, c’est acquis depuis un certain temps, on est pas là pour évaluer les mérites du gouvernement belge en matière de terrorisme, je le dis souverainement..."

Le président Périès, air autoritaire : "On n'est pas là pour décerner des bons ou des mauvais points à des services français ou étrangers, ça me semble incontournable, voilà"

Me Eskenazi, un avocat de Mohamed Abrini se lève à son tour pour défendre ses confrères de la défense qui viennent de se faire rabrouer : "J’ai l’impression que dès qu’une question est posée par la défense, elle dérange, qu'il faut que ça s’arrête, je m’insurge !"

Me ChStPalais avocat de Yassine Atar se lève à son tour avec ses questions et son bel accent chantant. Il n'a pas la réponse qu'il veut. "On demandera demain, on est habitués à ce que vous prépariez vos réponses !" tacle-t-il...

Le président reprend Me @ChStPalais Et Me St Palais réplique : "Ah, on a l’impression que vous sautez sur mes questions, ma question n’était pas très dérangeante !" Président : "Ce n’était pas une question, c’était une allégation !"

Me Kempf, autre avocat de Yassine Atar, arrive à son tour avec ses questions et l'enquêteur ne répond pas vraiment. "Bon on posera les questions à votre collègue demain"

Suspension.

Président : "L'audience est reprise, veuillez-vous asseoir, on va tout de suite appeler Bruxelles"

Et c'est maintenant une enquêtrice qui apparaît à l'écran"

L'enquêtrice est venue parler de Ibrahim El Bakraoui. Né en 1986. On voit sa photo à l'écran. Visage joufflu, barbe de trois jours.

Ibrahim El Bakraoui est aîné d'une fratrie de 3. Frère Khalid. Et une sœur. C'est à l'école qu'il a rencontré El Haddad Asufi, un des accusés de ce procès

L'enquêtrice : "Le parcours criminel d'Ibrahim El Bakraoui débute en 2003. Faits de grand banditisme. Entre en prison en 2010, condamné à 10 ans pour avoir braqué à la kalachnikov"

Sort de prison en 2014. S'inscrit à des cours d'arabe intensif. Lors de ce cours qu'a rencontré Mohamed Bakkali, autre accusé de ce procès

"Ils sont comme les deux doigts de la main, depuis qu'ils sont tout petits. Le meilleur ami de Ibrahim c'était Khalid", disaient des membres de la famille El Bakraoui.

Le père El Bakraoui dira "avec Mohamed (Bakkali), ils étaient toujours à 3, ils s'étaient rencontrés au cours d'arabe"

La mère constate un changement à la sortie de prison de ses fils : "ils ne voulaient plus être proches de moi". La sœur : "déjà au parloir, ils me réprimaient sur mes tenues vestimentaires, maquillage. Le changement s'est fait en prison"

La sœur note que Ibrahim El Bakraoui parlait religion à la sortie de prison, "il faisait des trucs qu'il ne faisait pas avant, c'était des trucs de moralisation par rapport à la religion"

Lors d'une audition de El Haddad Asufi, accusé de ce procès : "à part Oussama (Atar) je ne vois pas d'autres facteurs qui ont influencé Ibrahim. Avant, il ne parlait pas religion". Avant, délinquant, argent facile. Après, il ne parlait que de EI, "vivre là-bas"

El Haddad Asufi disait que Ibrahim El Bakraoui ne voulait plus aller dans les clubs, voulait se marier avec une fille de son cours d'arabe.

Puis revirement lors d'une audition de El Haddad Asufi qui dit ensuite que El Barkraoui pas religieux et ne lui aurait finalement jamais parlé de EI...

Dabiq, revue de propagande de Daech a consacré un article à Ibrahim El Bakraoui en 2016, après les attentats de Bruxelles le 22 mars 2016. Les frères El Bakraoui sont morts en kamikazes. Ibrahim El Bakraoui kamikaze du métro, station Maalbeck. 16 morts.

Krayem déclarait que si Salah Abdeslam ne s'était pas fait arrêter le 18 mars 2016, si identités des Bakraoui pas sortie, Ibrahim El Bakraoui ne serait pas devenu lui-même kamikaze mais aurait organisé d'autres attaques en Europe.

Mais comme il ne voulait pas se faire arrêter, Ibrahim El Bakraoui est mort en kamikaze le 22 mars 2016 dans les attentats de Bruxelles.

Dans une audition, Krayem déclarait que Ibrahim El Bakraoui "trop content" après les attentats du 13 novembre. "Même si on meurt, ils ont vu de quoi on était capables"

Ibrahim El Bakraoui en Turquie en juin 2015. Gaziantep. Arrêté à une station de taxi alors qu'il voulait vraisemblablement rejoindre EI en Syrie Ce qu'il a nié.

En juillet 2015, il est expulsé par les autorités turques vers l'aéroport Schiphol, Amsterdam.

L'accusé El Haddad Asufi avait dit en audition que Ibrahim El Bakraoui aurait corrompu les Turcs pour pas qu'ils le renvoient directement en Belgique, mais Amsterdam. Il aurait ensuite rejoint Bruxelles en bus.

2e tentative de départ juillet 2015. Vol Paris-Athènes avec son ami El Haddad Asufi. Avec un bagage de 11 kilos. Séjournent à l'hôtel Holiday Inn Athènes.

Puis Ibrahim El Bakraoui réserve une croisière Athènes-Venise avec escales Turquie et Croatie. Finalement ne la prend pas. Son frère Khalid le rejoindra. En avion.

Entre les 24 et 26 juillet 2015, les deux frères El Bakraoui présents à Athènes. Comme Abaaoud (coordonnateur attentats). Et El Khazzani (auteur attentat du Thalys août 2015)

Ibrahim El Bakraoui aurait été expulsé de Turquie le 28 août 2015 (ce que disent les autorités turques) / ou retour par un vol Héraklion (Crète) Paris le 1er août. Passager à son nom, mais peut-être un homonyme, pas de certitude.

Et l'enquêtrice évoque enfin les audios testaments de mars 2016 retrouvés dans une cache rue Max Roos. 1 er audio : Ibrahim El Bakraoui dit avoir prêté allégeance EI en novembre 2014 (a rencontré Oussama Atar et autres émirs en Syrie) 2e audio : apologie du djihad

Et l'enquêtrice a lancé les audios. La voix de Ibrahim El Bakraoui a résonné dans la grande salle d'audience. Voix un peu nasillarde. Articule mal. Répète plusieurs fois Allah et Hamdullilah. Extraits.

Dans le premier audio, Ibrahim El Bakraoui commence ainsi : "C’est un message de votre frère Abou Souleyman. Je voudrais expliquer comment j’ai prêté allégeance". Il est content "de ne pas être de ceux qui disent qu’il n'y a pas de djihad"

Ibrahim El Bakraoui parle de "la dureté envers les kouffars (les mécréants). J’ai prêté allégeance physiquement en novembre 2014 et dans mon cœur bien avant cela, mais j’étais incapable de le dire pour des raisons physiques"

Avant, il était en prison.

Puis l'enquêtrice lance le 2e audio testamentaire de mars 2016. Audio envoyé en Syrie. Ibrahim El Bakraoui se présente comme "frère Abou Souleyman, j’ai prêté allégeance en novembre 2014, Hamdullilah, physiquement, et bien avant cela dans mon cœur".

Ibrahim El Bakraoui évoque "le sentier du djihad" et dit : "si ce message est écouté c’est qu’Allah nous a permis de frapper ses ennemis et nos ennemis au cœur de chez eux"

Il disait encore : "la meilleure action et de combattre les kouffars dans leurs terres, combattez-les par tous les moyens". Après ce testament, le 22 mars 2016, il se fera exploser dans le métro de Bruxelles.

On en est aux questions. Liaison difficile avec la Belgique. L'enquêtrice entend un énorme souffle. L'avocat du PNAT qui a la parole : "non, ce n'est pas moi qui souffle comme un bœuf"

Le problème persiste. L'enquêtrice a du mal à se concentrer pour parler. Le président Périès demande à vérifier s'il n'y a pas des micros ouverts dans la salle ou en retransmission. Pas de bruit de fond sinon, "ici tout le monde a l'air sage" dit le président.

Me Rimailho, avocate de parties civiles s'étonne que El Bakraoui arrêté en Turquie pas incarcéré (à la différence de l'accusé Dahmani qui s'y trouve toujours), l'enquêtrice belge dit que c'est pas de son ressort. Mais des Turcs. En effet.

Me Rimailho poursuit. Une sonnerie de téléphone surgit. Liaison coupée. "Là, ça devient presque gaguesque !" note le président, "pourtant, ça s'y prête pas !"

Me Truong, autre avocate de parties civiles a une question sur l'imam de Molenbeek qui a souvent rendu visite aux frères El Bakraoui en prison. On sait combien de fois il a leur a rendu visite. Enquêtrice : "désolée, je ne sais pas qui est cet imam"

Me Truong, ébahie : "mais puisque vous avez le nombre de visites, pourquoi vous ne savez pas qui il était ?!" Enquêtrice : "l'enquête ne s'est pas tournée vers cet imam, je suis désolée"

Me Reinhart, avocat de 13onze15 et de nombreuses parties civiles : "merci madame pour la qualité de votre exposé" Sur les bancs de la défense : "ooooh !" Me Reinhart : "Oui, je sais, ça ennuie la défense"

Me Arab-Tigrine, en défense a une question. Enquêtrice belge : "je pensais y revenir demain" Avocate : "sinon on dit rien aujourd'hui et on attend demain" Enquêtrice : "comme vous voulez !" Avocate : "c'était une blague !" Enquêtrice : "ah, je vous ai pris au mot"

Me Arab-Tigrine pose sa question sur El Haddad Asufi, son client, dont on parlera demain. Un avocat général du PNAT note que c'est pas le moment de poser cette question, le planning a prévu qu'on évoquerait son client demain, "c'est une histoire de méthodologie"

Et elle s'énerve contre l'avocat général, l'accuse de se prendre maintenant la police de l'audience ! Le président intervient. Le ton monte. Me Arab-Tigrine : "d'accord donc on doit tous rentrer dormir et poser les questions demain ?!"

Le président Périès : "J’ai pas dit qu’on allait rentrer dormir !"

Et les avocats de la défense montent dans les tours. Et le président aussi qui s'estime "mis en cause personnellement" car il dit qu'on l'accuse de pas respecter "le contradictoire". Il veut appeler des représentants de l'ordre des avocats pour vérifier.

Enervement général. Le président Périès rappelle à Me Méchin en parlant lui-même très fort que l'avocat doit s'exprimer "avec dignité et élégance"

Et après quelques dernières questions posées dans le calme, "l'audience est levée" annonce le président Périès. Demain, la même enquêtrice sera à nouveau entendue.

Jour 54 – Vendredi 3 décembre - Suite des auditions des enquêteurs belges

Jour 54 au procès des attentats du 13 novembre. Encore cinq accusés qui refusent de comparaître : les accusés

Abdeslam, Abrini, Ayari, Bakkali et Krayem. La cour envoie l'huissier pour les sommations à comparaître et constater leur refus, comme le veut la procédure.

Retour de l'huissier. "Merci madame l'huissier", dit le président Périès : "Bien, refus de comparaître, je passe outre l'absence des 5 accusés". Et l'audience reprend avec leurs avocats. Jour 54.

L'enquêtrice belge 447.437.051 revient parler dans un écran. En visio. Elle vient parler de Yassine Atar. Qui est le frère de Oussama Atar, commanditaire présumé des attentats 13 novembre, présumé mort en Syrie. Yassine Atar lui est dans le box.

Oussama Atar était son seul frère. Ils avaient 5 sœurs. Yassine Atar est père de famille. A eu un fils en juillet 2015, prénommé Oussama comme son frère, puis Mehdi après.

Yassine Atar est né en 1986. Condamné à 5 ans de prison en 2015 pour trafic de stupéfiants.

En 2014, il avait voyagé en Turquie puis au Maroc, à Tanger. Projet de resto à Tanger, qu'il abandonne ensuite. 2015 et 2016, nombreux séjours au Maroc.

2015, Yassine Atar contrôlé en Espagne au volant d'une voiture. Fausse identité qui correspondait à Ismaïl Mostefaï, un des terroristes du Bataclan

Le 18 septembre 2015, il va une journée à Malaga pour acheter une voiture, une Mercedes.

L'enquêtrice poursuit : Yassine Atar avait 17 ans quand son frère parti en Irak en 2003. Oussama Atar incarcéré à Bagdad. Yassine Atar a tenté d'aller le voir "par désespoir" dira-t-il.

Yassine Atar regrettait dans un courrier n'avoir eu aucune aide pour aller voir son frère dans une prison à Bagdad.

Yassine Atar disait alors que son frère Oussama arrêté en Irak pour entrée illégale sur le territoire et humanitaire. Il disait ne rien savoir de ses activités de combattant. On a vu hier que Oussama Atar vétéran du djihad, bataille de Falloujah 2004. Arrêté en 2005.

L'enquêtrice belge projette sur grand écran des échanges de messages entre la sœur Iman et Yassine Atar. Ils parlent de leur frère Oussama en Syrie. Elle dit : "Oussama "va te tel" "Mnt" "Il avait plus ton num" "T'es avec mama" Oui répond Yassine Atar. "Impec" dit la sœur.

Echanges de messages le 28 janvier 2016. La sœur : "Oussama, moi je sais très bien comment il résonne. Toi tu crois le connaître mais tu te trompes sur beaucoup de point" (sic) Yassine acquiesce par sms. Ils sont encore en lien avec leur frère à cette époque.

Oussama Atar présumé mort en Syrie le 17 novembre 2017, par une frappe aérienne de la coalition.

L'enquêtrice note que Yassine Atar et Ibrahim El Bakraoui ont échangé jusqu'au départ de Ibrahim El Bakraoui pour la zone turco-syrienne. Ils étaient cousins. Mais proches. Comme des frères.

En réalité, tentative de départ, Ibrahim El Bakraoui ne passe pas Gaziantep. L'autre frère El Bakraoui, Khalid, moins proche de Yassine Atar.

627 communications, 230 tentatives appel entre Yassine Atar et Khalid El Bakraoui entre juin 2015 et l'hiver suivant.

Liens entre Yassine Atar et Mohamed Bakkali : ils ont échangé par téléphone jusqu'au 27 novembre 2015 (date arrestation de Bakkali)

Liens entre Yassine Atar et Ali El Haddad Asufi (co-accusé : "une connaissance, pas un ami", ont fait l'école ensemble, jouaient parfois au foot, sont allés à Milan une fois

Yassine Atar dit ne pas connaître Abdeslam et tous les autres accusés, hormis Bakkali et El Haddad Asufi.

L'enquêtrice belge parle d'un ami policier de Yassine Atar, qui lui rendait des services, lui donnait des informations confidentielles sur des voitures, etc. Ce policier a été condamné en Belgique pour divulgation du secret professionnel.

Un ami de Yassine Atar dit qu'il "y a deux Yassine, un avant et un après". L'après, c'est après le retour d'Irak de son frère Oussama, "pour qui il avait une grande admiration"

Cet ami note que Yassine Atar s'est mis lui à reprocher d'avoir mis ses enfants dans une école américaine à Tanger, "il voulait que je les mette dans une école arabe"

L'ami dit qu'avant, Yassine Atar "profitait de la vie", les filles, les vêtements de marque, puis il a critiqué son ami pour les vêtements de marque. "Il commençait à me casser la tête sur mon mode de vie, je me suis éloigné, il devenait chiant"

Cet ami dit encore que Yassine Atar a changé à cette même époque en se mariant avec une jeune fille de Molenbeek. Après, "il ne voulait plus qu'on s'attable avec nos femmes au restaurant"

L'enquêtrice montre des messages "qu'on a retrouvé dans son GSM" : juillet 2015, naissance de son fils, Yassine Atar écrit qu'il est mécontent que sa femme ait eu une péridurale et soit prise en charge par un médecin homme.

Yassine Atar envoie à Mohamed Bakkali en septembre 2015, une vidéo intitulé "vivre dans un pays de mécréants" : c'est OK si le musulman vit dans sa communauté, dit la vidéo.

Yassine Atar dit encore que la femme qui porte le hidjab (voile) ne peut se maquiller avec "le maquillage du pervers".

Yassine Atar va se mettre à critiquer sa sœur Iman parce qu'elle ne parle pas en arabe à ses enfants.

Yassine Atar : novembre 2015, son fils a quatre mois, et lui écrit à une de ses sœurs qu'il espère que son fils sera pieux, le reste, qu'il soit médecin ou autre chose, il s'en fiche, juste pieux, "et qu'il ne fasse pas les mêmes conneries que moi"

Nouvel an 2016, fin 2015. Yassine Atar critique une de ses sœurs qui lui envoie des messages de bonne année, il dit que c'est "une fête de kouffars"

Printemps 2016, il reproche à sa femme d'aller à la piscine, "si ces chiens de kouffars regardent la vidéosurveillance"

2016 encore, il parle de "cette Belgique de merde"

On retrouve une clé USB dans son appartement. Elle était dans une boîte à chaussures. Des anasheeds sur cette clé, des chants glorifiant le djihad armé et incitant "à mourir pour Dieu", dit l'enquêtrice belge. A mourir pour Allah.

L'enquêtrice lance un audio, un anasheed, on entend des tirs. Yassine Atar avait dit en audition qu'il avait trouvé cette clé USB dans une voiture d'occasion et qu'il n'avait rien écouté.

L'enquêtrice dit qu'on a aussi trouvé sur son ordinateur Dell des liens vers le site radical Ansar Al Haqq ou Oussama Ben Laden. En audition, Yassine Atar a dit que c'était un ordinateur acheté d'occasion.

Egalement des liens vers le profil de Jean-Louis Denis, figure de Sharia4Belgium, qui voulait transformer la Belgique en pays islamique.

L'enquêtrice montre une photo du couple en Thaïlande. Ils posent l'un et l'autre. Lui en habit genre treillis en tongs et doigt levé vers le ciel. Signe de l'unicité d'Allah. Signe de ralliement repris par EI. Elle pose aussi avec un tee-shirt "Army" et index levé.

Yassine Atar, assis dans le box, écoute tout ce que dit l'enquêtrice. Et il secoue la tête. Nie en silence tout ce qu'elle énonce.

L'enquêtrice émet l'hypothèse que Yassine Atar se soit rendu à Roissy en juillet 2015 quand un frère El Bakraoui et El Haddad Asufi. Ce qu'avait dit El Haddad Asufi avant de revenir sur ses déclarations.

Un avocat général propose de passer aux questions avant d'évoquer l'accusé El Haddad Asufi. Le président prend des pincettes après les tensions d'hier : "la défense est d'accord ?"

Me Ch. St Palais avocat de Yassine Atar avec Me Kempf: "On s'en remet à l'appréciation de la cour"

Ch. StPalais qui dit que souvient, il a eu l'impression que les questions de la défense arrivaient très tard. Mais note qu'en même temps, "sur les bancs de la défense on aime avoir le temps de réfléchir avant nos questions"

Un avocat général interroge sur les liens entre les deux frères avant le départ. Enquêtrice : "de mémoire, ça m'échappe un peu" Avocat général : "je ne mets pas en cause la précision de votre déposition qui a été remarquable"

L'avocat général interroge sur l'épouse de Yassine Atar. Enquêtrice : "elle se déclare en audition comme une musulmane modérée", mais dans un courrier elle écrivait "quand tu essaies de faire le djihad, tu passes pour un terroriste, quelle époque pourrie !"

Et elle poursuivait : "puisse Allah hâter la fin des temps, qu'on en finisse !"

Me raphkempf avocat de Yassine Atar : 1ère question sur un échange de sms entre un avocat et Yassine Atar, inscrits dans des PV. "Vous indiquez que ces éléments n'ont rien à voir avec le dossier, alors pourquoi ?" Enquêtrice : "Je n'ai pas de réponse à vous apporter"

Me raphkempf pointe du doigt le non-respect du secret professionnel entre avocat et son client. Embarras de l'enquêtrice belge.

Me raphkempf: "comment vous rédigez vos procès-verbaux ?"

Me raphkempf : "pourquoi concernant mon client, vous rappelez ses liens familiaux ?" Enquêtrice : "c'est la vérité" Avocat : "vous comprenez que vous auriez pu commencer par d'autres éléments concernant mon client que ses liens familiaux"

Me raphkempf interroge sur des anasheeds retrouvés. "Quelle langue ?" Enquêtrice : "en arabe" Avocat de Yassine Atar : "quel arabe ?" Enquêtrice : "arabe classique" Yassine Atar ne parlerait pas l'arabe classique, n'aurait que des notions.

Me raphkempf demande à l'enquêtrice pourquoi lister les appels téléphoniques entre Yassine Atar et les frères El Bakraoui ses cousins. Normal dans l'enquête dit-elle. Mais elle avoue qu'elle ne connaît pas le contenu de tous les messages. "A quoi ça sert alors ?" dit l'avocat.

Me raphkempf est un jeune avocat parisien qui a pu paraître frondeur lors de ses prises de parole ces dernières semaines au procès entre autres au sujet des enquêteurs belges. Il voulait qu'ils témoignent physiquement à la barre.

Me raphkempf est en train de chercher à démonter posément les éléments énoncés par l'enquêtrice belge. Il revient sur les échanges téléphoniques pour lesquels elle n'a pas le contenu des messages, juste les localisations de GSM.

Me raphkempf, ton énervé : "Quand on a le contenu de messages sms, on ne les présente pas, et quand on ne sait pas ce qui s’est dit, toutes les hypothèses sont permises, c’est ça votre manière d'enquêter ?"

Et l'enquêtrice poursuit avec ses "hypothèses". Et Me raphkempf cherche à mettre en exergue la fragilité des hypothèses. Comme l'hypothèse que Yassine Atar ait cherché un appartement pour Abaaoud en août 2015.

Me raphkempf : "alors vous entendez que Yassine Atar cherche un appartement et vous pensez Abaaoud !" Enquêtrice : "c'est une hypothèse qui n'a pas eu de suite".

Me raphkempf : "si, cette hypothèse a été reprise dans l'OMA (l'ordonnance de mise en accusation)"

Me ChStPalais l'autre avocat de Yassine Atar se lève pour poser "quelques rares questions, je vous rassure madame", dit-il de son ton toujours très poli et avec son accent chantant.

Me ChStPalaisqui a été président de AssoADAP (Association des Avocats Pénalistes) de 2016 à 2021.

Me ChStPalais: "Vous avez raison d'être très précise maintenant, mais vous avez écrit des choses un peu différentes ! Et vous savez que monsieur l'avocat général se saisit de tout ce que vous écrivez !"

Me ChStPalais à l'enquêtrice belge : "Voyez parfois, on tire une hypothèse, parfois on arrive à démentir votre hypothèse, mais enfin chacun retiendra que les hypothèses que vous formulez peuvent parfois être démenties ! Merci, c'était l'objet de mes questions"

Me ChStPalais revient sur les 3 messages de son client repris par les enquêteurs sur la Belgique. Dont "Belgique de merde" après un PV. "Vous ne croyez pas (il se tourne vers Yassine Atar) pardon monsieur, que c'est une certaine beaufitude plutôt que le germe du terrorisme ?"

Puis l'enquêtrice évoque Ali El Haddad Asufi, né en 1984, qui travaillait sur le tarmac de l'aéroport de Zaventem-Bruxelles, et "son travail consiste à remplir les avions de nourriture"

Ali El Haddad Asufi était l'ami d'Ibrahim El Bakraoui.

Ali El Haddad Asufi connaissait aussi Yassine Atar, ils étaient allés dans la même école, mais pas dans la même classe. Echanges téléphoniques entre eux été 2015 dit l'enquêtrice, période de tentative de départ de Ibrahim El Bakraoui en Syrie.

Ali El Haddad Asufi avait aussi rencontré Mohamed Bakkali. Il dit qu'il lui avait aspirateur et robot.

Une clé USB avec des anasheeds retrouvée chez Ali El Haddad Asufi. "C'est peut-être une clé qu'on m'a donnée. J'écoute parfois le Coran classique récité mais pas des anasheeds" disait-il, selon l'enquêtrice.

Ali El Haddad Asufi qui a voyagé en Grèce avec Ibrahim El Bakraoui. L'enquêtrice l'a déjà raconté hier.

Ali El Haddad Asufi qui est arrêté le 24 mars 2016, deux jours après les attentats de Bruxelles. Puis libéré quasi aussitôt. Puis réinterpellé quelques semaines plus tard.

Me Arab-Tigrine avocate de Ali El Haddad Asufi demande d'où vient le PV qui dit que contact entre son client et Ibrahim el Bakraoui en juin 2015 ? Enquêtrice : "ça provient de fichiers Excel de la téléphonie de la ligne 109"

Me Arab-Tigrine, ton solennel, annonce que ces fichiers Excel ne sont pas en procédure. Donc elle demande que la cour prenne acte de sa question et de sa réponse. Elle dit qu'il manque aussi des fadettes.

Plutôt que la cour prenne acte de la réponse de l'enquêtrice...

Un autre avocat de Ali El Haddad Asufi prend la parole. "Je suis le régional de l'étape" dit Me Jonathan de Taye, avocat belge, qui a assisté son client dès les premières auditions en Belgique.

Ce moment où il dit "j'ai une théorie fumeuse, française"... Puis juste après, "avec des si, on mettrait Paris en bouteille"

Me de Taye a du mal à ne pas plaider, or ce n'est pas l'heure des plaidoiries (au printemps), mais des questions. Me de Taye :"On a du mal à retenir la bête !"

Le président réclame la question : "s'il vous plaît, il est tard et il y aura encore d'autres interventions…" Dans la salle d'audience, les bancs sont de plus en plus vides à cette heure...

Arrive Me Martin Mechin troisième avocat de Ali El Haddad Asufi. Il commence à parler. "Ça va couper dans trois minutes !" annonce le président. Toutes les deux heures, la liaison coupe avec Bruxelles, et il faut rappeler pour voir à nouveau l'enquêtrice apparaître à l'écran.

Me Martin Mechin: "Vous n'avez pas le détail des publications Facebook de mon client donc potentiellement, il peut y avoir dix publications sur le conflit israélo-palestinien et 36000 publications sur autre chose"

La soirée s'achève avec des avocats de la défense qui demandent des pièces du dossier en Belgique. Débat autour du contradictoire. Le PNAT dit qu'ils auraient déjà pu demander ces pièces. Ils rétorquent que non.

Me De Taye : "Avant de dire que la défense fait mal son boulot, faut savoir comment ça se passe en Belgique, merci, bonne soirée, bon week-end !"

Et sur ce, le président Périès annonce la fin de ce 54e jour d'audience au procès des attentats du 13 novembre